Le temps des bouffons est de retour !
Nous a-t-il jamais quittés?
Le lauréat

 

Texte par :
Michel DAVID
Chroniqueur

Source: Journal Le Devoir
Publication: octobre 2011

En photo: Maître et Honorable
John James Charest
aujourd'hui député provincial de la circonscription de Sherbrooke, Région de l'Estrie
( 01 )

Choix de photo, vidéo et mise en page : JosPublic
Publication: 25 octobre 2011

 

Depuis deux ans, le premier ministre Charest a été continuellement accusé de bafouer les règles d'éthique publique les plus élémentaires, sans se soucier des dommages causés à nos institutions.

Malgré des révélations plus embarrassantes les unes que les autres, il a résisté jusqu'à la dernière extrémité aux pressions de la société québécoise tout entière, qui réclamait une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction et ses liens avec le financement des partis politiques, en particulier le sien. Encore maintenant, il faut lui arracher morceau par morceau les pouvoirs dont la commission Charbonneau ( 02 ) aura besoin.

Pourtant, le 24 octobre 2011, lors d'un grand gala à la salle Windsor, M. Charest s'est vu remettre le prestigieux prix Woodrow-Wilson ( 03 )  pour le «service public», en même temps que la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux ( 04 ), honorée dans la catégorie «présence sociale de l'entreprise».

Comme pour mieux souligner la contribution de M. Charest à l'édification de l'État québécois, le PDG d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, et celui de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, qui lui doivent tous les deux leur poste, coprésidaient la soirée.

Sur le site du Woodrow Wilson Center, on peut lire que c'est «avec enthousiasme» que son conseil d'administration a proposé le nom de M. Charest. On explique que ces prix sont décernés à des personnes «qui ont maintenu un engagement sincère à l'égard d'opinions éclairées et d'idées bien mûries».

Les financiers du Centre Woodrow-Wilson

AGF Management Limited     
Agrium Inc.
Alberta Children’s Hospital Foundation
Alberta Views Magazine
Alliance Pipeline Limited Partnership
Artemis Exploration Inc.
Bank of Montreal
Bantrel Co.
Barrick Gold Corporation
Bennett Jones, LLP
Blake, Cassels and Graydon LLP
Borden Ladner Gervais LLP
Valerie Bowden
BTX - Air Express Services
Burnet, Duckworth & Palmer LLP
Canadian Energy Pipeline Association
Canadian Imperial Bank of Commerce
Canadian Institute for Advanced Research
Canadian Natural Resources Limited
Canadian Oil Sands Limited
Canadian Pacific Railway
Chevron Canada Limited
CHF International
Raymond Chrétien
CIBC Mellon Trust Company
Mary Colt
Coril Holdings Ltd.
Corus Entertainment
Deloitte & Touche Foundation Canada
Deloitte & Touche LLP
James B. Doak
Edco Financial Holdings Ltd.
N. Murray Edwards
Enbridge Inc.
EnCana Corporation
ENMAX Corporation
Ernst & Young LLP
Execaire
Fairfax Financial Holdings Limited
Finances Québec
Jacqueline Flanagan
Flint Hills Resources, LP
Forex Custom House LTD.
Colin B. Glassco
Global Public Affairs
Senator Jerry S. Grafstein
Great West Life Company
Fred Green 
Hart Energy Publishing LLP
Richard Haskayne
Chaviva Hošek
Harley Hotchkiss
IBM Canada Ltd.
JCT Management Inc.
Kelman Technologies
Saifa Koonar
KPMG LLP
Lamerac Financial Corporation
Lignum Investments LTD
Jamie Mackie
Mackie Research Capital Corporation
Mancal Corporation
Ron Mannix
Manulife Financial
Marsh Canada, Ltd.
Matco Investments Limited
Ronald P. Mathison
Ann McCaig
MEG Energy Corp.
Megantic Asset Management Inc. 
C. Menard-Famili
National Bank of Canada
Nexen, Inc.
Northland Power Inc.
Paul H. O’Donoghue
Ontario Society of Professional Engineers
Darla Palmer
Jamie Paulson
PCL Constructors Inc.
Power Corporation of Canada
Power Workers' Union
Precision Drilling Corporation
PricewaterhouseCoopers LLP
Pure Technologies
Stephen Randall
RBC
RBC Capital Markets
RBC Foundation
W. Brian Rose
Scotia Capital Inc.
Scotiabank
Robert Scully
Sixty Three Foundation
SNC Lavalin Group, Inc.
Spartan Holdings, Ltd.
Stikeman Elliott LLP
Stockholm Environment Institute
Reginald Stuart
Suncor Energy Inc.
System Planning Corp.
TD Bank Financial Group
TD Securities
Telemission Information Inc.
The Brookfield Foundation
The Campbell Family Foundation
The Canadian Embassy in Washington, D.C.
The Glassco Foundation
The Globe and Mail
TransAlta Corporation
TransCanada Pipelines LD
Trimac Transportation
UMI Research Labs, Inc.
University of Calgary
University of Ottawa
Rene Vander Brand
Warren Veale
Virginia Military Institute
Riley Waite
Walton Group of Companies
Mr. and Mrs. Bill Whelan
Yellow Pages Group Co.

Heureusement que le choix avait été fait avant le congrès libéral du 22 octobre 2011, au cours duquel les positions pour le moins changeantes de M Charest n'ont semblé ni très éclairées ni très mûries.

Le choix du lauréat devait répondre à un autre critère: «Plutôt que de sacrifier leurs politiques et leurs idées à l'opportunisme politique ou professionnel, ces dirigeants ont à coeur d'étudier le contexte historique et de mesurer les répercussions à long terme d'importantes questions de politique publique.»

Bien entendu, il ne viendrait à personne l'idée que M. Charest puisse sacrifier ses idéaux à des intérêts partisans. Dans son esprit, il n'était sûrement pas incompatible de vouloir faire du Québec «un paradis pour les familles» et de laisser son ministre distribuer les nouvelles places en garderie aux contributeurs à la caisse libérale.

Quand il a planifié la «réingénierie» de l'État, comment aurait-il pu prévoir qu'en décapitant le ministère des Transports, il allait ouvrir toute grande la porte à la collusion? L'historique des relations entre l'État et le secteur privé ne démontre-t-il pas que l'intérêt public est la première préoccupation des firmes de génie-conseil et des entreprises de construction?

Le premier ministre a généralement bonne presse à l'étranger. L'an dernier, au Sommet des leaders sur les changements climatiques tenu à Cancún, il avait reçu un prix décerné par l'État d'Australie méridionale, qui avait même donné son nom à une forêt urbaine.

Le rôle du Québec dans la lutte contre les changements climatiques pouvait peut-être justifier cet honneur, mais après qu'il eut laissé un «empire malfaisant» infiltré par la mafia s'emparer des fonctions essentielles de l'État, comme l'a constaté le rapport Duchesneau ( 05 ), par quelle aberration a-t-on pu l'honorer pour sa contribution au «service public»?

Et on s'étonne que les gens deviennent cyniques!

La danse des honneurs se poursuit pour Jean Charest qui recevait récemment la médaille de la légion d'honneur de la France. JosPublic se demande encore ce que Jean Charest a pu faire pour mériter cette distinction française, à moins que ce soit un retour d'ascenseur pour service rendu de la part de Paul Desmarais, grand ami du président français Nicolas Sarkozy

Comme chacun le sait, le hasard fait bien les choses. L'intronisation de M. Charest au panthéon de la vertu survient précisément au moment où il tente de prendre un nouveau départ à l'aube d'une année électorale. Son discours lors du Congrès du Parti Libéral du Québec ne laissait aucun doute sur son désir d'être de la prochaine campagne.

Le premier ministre s'est déjà réclamé de la lignée des «bâtisseurs» libéraux d'antan, comme Jean Lesage et Robert Bourassa ( 06 ). Le voilà maintenant associé aux grands de ce monde qui ont été honorés par l'institut Woodrow Wilson dans le passé. Par exemple, le président brésilien sortant, Lula da Silva, ou encore d'anciens secrétaires d'État américains comme Henry Kissinger, Colin Powell et James Baker, etc.

Stephen Harper a reçu le même prix en 2006, mais aucun premier ministre provincial en exercice n'avait eu droit à un tel honneur avant M. Charest. William Davis (Ontario), Peter Lougheed (Alberta) et Michael Harcourt (Colombie-Britannique) avaient tous pris leur retraite de la politique. Tout comme Brian Mulroney, qui avait profité de l'occasion pour régler ses comptes avec Jean Chrétien.

Ce n'était pas la première fois que les qualités de M. Charest étaient soulignées à l'occasion d'une remise des prix Woodrow-Wilson. Lauréat en 2003, le président du conseil de Power Corporation, Paul Desmarais, avait fait un vibrant éloge du premier ministre nouvellement élu.

«Sa victoire est un témoignage de courage personnel et de détermination, une preuve de sa capacité de croire en lui et dans la cause qu'il défend, et de son talent à persuader les autres de partager ses convictions [...] Je crois sincèrement que nous sommes à l'aube d'un nouveau départ au Québec», avait déclaré M. Desmarais. 

C'est bien d'avoir un ami comme celui-là

Paul Desmarais sénior ( 07 )

 

Film: Le temps des bouffons
Durée :15 minutes 15 sec.
Cinéaste et producteur: Pierre Falardeau ( 08 )
Année 1985
En photo: Roger-D. Landry ( 09) déguisé en Lord anglais lors d'une soirée au célèbre Canadian Beaver Club de Montréal. En parlant de la classe sociale des dirigeants du Québec il s'écriât "We are beautiful"

 

Notes & Références:

01

Qui est Maître et Honorable James John Charest ?

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02

 

Commission Charbonneau: rarement a-t-on vu pareil cynisme d'un chef politique par Jean-Claude Leclerc, professeur de journalisme

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03
 
 
 
 
 

Qu'est ce que le prix Woodrow-Wilson ? Et qui sont ses mentors:  Lors de la remise de prix ont pris la parole: Michael Sabia, Thierry Vandal, Heather Munroe-Blum. Co-présidents honoraires: Laurent Beaudoin et André Desmarais. Ici pour la liste des membres du Conseil d'administration (une belle brochette de conservateurs qui donne des prix à des conservateurs)

 
 
 
 
 

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04

Qui est Monique Leroux ?

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05

Qu'est-ce que le rapport Duchesneau ?

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06

Qui sont Jean Lesage et Robert Bourassa ?

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07

Qui est Paul Desmarais sénior ?

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08

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09

Qui est Roger-D. Landry ?

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