Ex-chef du bureau de CTV à Québec
Pourquoi j'ai quitté mon emploi de journaliste

 
Texte écrit par:
Kai NAGATA
Blog Fredom 24

Publications:
8 juillet 2011
 
Traduction de l'anglais, choix des photos, des références et mise en page par:
JosPublic
Publication ici:
5 août 2011

Sujets abordés

Le « pas pourquoi » j'ai quitté mon emploi

Le problème avec la CBC
(Radio-Canada Réseau anglophone)

Sortir du garde-robe politique

Prochaines étapes

 

Le chef du bureau de CTV à Québec analyse les raisons professionnelles et personnelles ayant influencé sa prise de décision. En même temps, il pose un regard décapant sur le monde des médias et de la politique. Un texte important pour ceux et celles qui veulent mieux connaître le monde de la télévision et qui se questionnent à savoir qui prend les décisions de publier ou non une nouvelle, pourquoi et selon quelle règle. En même temps, ce texte nous présente la vision d'une personne dans la jeune vingtaine qui nous fait espérer qu'il y aura une bonification du politique dans la gestion de l'espace public

Jusqu'au 7 juillet 2011, je fus le Chef du bureau de CTV ( 01 ) à l’Assemblée nationale du Québec couvrant principalement la politique. C’est une assignation fascinante – c'est l’assemblée législative la plus intéressante des provinces du Canada, et les histoires qui sortent de là, et les dernières histoires sont notammenet énormes. La quasi-implosion du Parti québécois a tenu occupé la galerie de la presse une partie de l’été.

Si vous n'êtes pas du Québec, il est difficile d'expliquer la place qu’occupe l'Assemblée nationale dans l'imaginaire populaire - mais il suffit de dire que pour le milieu journalistique francophone, elle compte plus de prestige que la colline parlementaire d’Ottawa.

J'ai eu le privilège de travailler à proximité de plusieurs des journalistes les plus affutés du pays.

La ville est belle, ancienne; un endroit idéal pour apprendre le français. En tant que maître et commandant de mon petit avant-poste, j'ai eu un contrôle éditorial important sur ce que j'ai couvert et comment je l'ai traité – dans le cadre d’une nouvelle formule identifiable de nouvelles télévisées.

Mes patrons m’ont fait confiance et m’ont encouragé, mes collègues en poste à Montréal ont été empathiques, d’agréable compagnie et mon plus proche collaborateur, caméraman/monteur Fred Bissonnette, est rapidement devenu un ami proche.

Fred Biss
au Labrador

J'étais un employé à plein temps, bien payé avec des bénéfices marginaux et un plan de retraite (j'ai même été assez chanceux pour être embauché avant que Bell n'achète CTV et commence à récupérer à son profit certains de ces avantages et incitatifs coûteux.)

C’était ce que je qualifierais comme un « bon emploi », surtout pour quelqu’un de 24 ans. Plusieurs d'entre vous m'ont exprimé leur fierté de ma rapide ascension. Mais un écart croissant s'est accru entre le rôle de journaliste que j'ai joué à la télévision et la personne que je suis réellement et que je veux devenir. J'ai soudain atteint mon point de rupture soudainement, bien qu'en regardant rétrospectivement, les signes étaient évidents.

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Voici le « pas pourquoi » j'ai quitté mon emploi

Permettez-moi de prendre le temps pour vous énoncer les raisons pour lesquelles je n'ai pas quitter mon emploi. Je n'ai pas quitté mon emploi parce que j'ai eu un accrochage avec quelqu'un.e à CTV, ou à l'Assemblée nationale ou dans ma vie hors de mon travail.

Et je n'ai pas quitté mon emploi parce qu'il était trop dur. Bien sûr, c'est un poste de responsabilité. Vous devez savoir ce qui se passe, discerner ce qui est important, et déployer en conséquence vos ressources limitées en conséquence (à savoir, moi et Fred).

Premier jour de travail avec Fred dans la ville de Québec - courtoisie de Thomas de Lorimier

Au coucher, j’activais la sonnerie du courriel de mon Blackberry. Après tout, quand vous êtes le seul journaliste du réseau entre Montréal et les Maritimes, on doit pouvoir vous rejoindre.

Mais je crois humblement avoir non seulement répondu aux attentes - j'ai excellé. Tout ce qui m'a été assigné, je l’ai fait de façon constante à un niveau supérieur à mon expérience. Nous avons fait de la bonne télévision. Je n'ai donc pas quitté mon emploi par frustration ou parce que ma carrière plafonnait. 

J'ai quitté mon emploi à cause d’une idée enfouie dans mon esprit: sur la la longue liste de choses que je pouvais faire de ma courte vie, les nouvelles pour la télévision n'étaient pas le meilleur usage. La fin ne justifiait tout simplement plus les moyens.

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À propos des nouvelles télévisées

J'essaie de penser aux journalistes que je connais qui feraient leur travail même bénévolement.

Les personnes qui, valorisant tellement l’Importance et la valeur des nouvelles du soir que s’il leur était offert un endroit pour dormir, trois repas par jour, et le nettoyage à sec gratuit - le feraient pour le reste de leurs jours.
Je ne dis pas que ces gens n'existent pas, mais un tel zèle est rare.

Les gens travaillent pour toutes sortes de raisons. Quelques-uns font des rages narcissiques.

À la rencontre d'un manifestant PETA lors de la visite royale - courtoisie Francis Vachon

Beaucoup ont des enfants à nourrir et des hypothèques à payer. La plupart croient à leur combat, même si dans mon cas et de façon indirecte, j'ai découvert que c'était quelque chose dans lequel j'étais bon, je pouvais voir le potentiel d'amélioration, et en attendant les gens étaient prêts à investir beaucoup d’argent pour que je mette d’autres projets en suspens.

Malgré mon revenu disponible, je n'ai jamais acheté de télévision. J'ai été élevé sans, et une fois installé en appartement, j'ai décidé que je n’en voulais pas dans la maison.

Les journaux télévisés sont un curieux média. Vous ne savez pas toujours dans quel intérêt ils sont servis ou ignorés.

Bien que limités par certains règlements fédéraux, la plupart de ce que vous voyez dans un journal télévisé est en fait défini par un code interne - une tradition éditoriale transmise d'une génération à l'autre - mais la clé réside dans le fait qu’il est auto-discipliné.

Diverses associations de l'industrie entendent les plaintes et peuvent émettre des recommandations, ou récompenser le travail exemplaire avec des prix. Il y a aussi des chiens de garde avec différents degrés d'influence. Mais ces entités n'ont pas le pouvoir d’imposer.

Sous cette réalité se cache le fait que l'information est une marchandise, et les réseaux de télévision privés sont censés faire de l'argent. Toutes les stations, qu’elle soient financées par l'État ou non, veulent maintenir ou élargir leur audience. C'est ce que je vais nommer l'éléphant dans la pièce.

Nouvelles de Fox ( 02 )

 

Rupert Murdoch ( 03 )

Prenons par exemple les Nouvelles de Fox. Ce que le modèle de Murdoch a démontré, c'est que les faits et la vérité peuvent être remplacés par l'idéologie, avec un auditoire et des revenus à la hausse. Autrement dit, vous pouvez dire moins de vérité et faire plus d'argent.

Lorsque vous avez à équilibrer les intérêts de vos actionnaires contre les intérêts des téléspectateurs que vous êtes supposés servir, le pare-feu entre le conseil d’administration et la salle de rédaction devient un rempart très important.

CTV, selon mon expérience, maintient des normes élevées dans l'exactitude factuelle. Sa rédaction éditoriale est équitable et composée de penseurs critiques. Mais il y a une tension entre «ce que les gens veulent voir» et «les histoires importantes que nous devrions présenter aux gens».

Je me souviens qu’à peine la dernière prise de contrôle finalisée, les dirigeants de Bell Media ( 04 ) sont venus nous parler « des gros yeux » sur les « chaînes de télé spécialisées ». Ce qu'ils voulaient dire c’était que les sports sont rentables – alors aussi longtemps qu'ils empilent de l’argent nous pouvons continuer à financer un actif à faible performance, comme notre division de nouvelles. En passant, la même dynamique existe à la CBC.

Certes, ce serait une mauvaise décision sur le plan de l’image que de faire des coupures dans les nouvelles locales. Pour bien des raisons, les pertes d'emplois et les fermetures d'usines dans le secteur des médias ont tendance à générer beaucoup de couverture médiatique.

Mais à chaque réseau, les compteurs de fric constatent un rétrécissement et un vieillissement de l'auditoire  (des revenus fixes sont plus difficiles à vendre aux annonceurs) et il y a une intense pression pour maintenir les profits.

Les êtres humains n'aiment pas toujours une bonne alimentation. Nous semblons aimer le sucre blanc, et à moins de comprendre pourquoi nous avons des nausées et sommes désorientés après avoir ingurgité des sucreries, nous allons tout simplement continuer à le faire. Les gens aiment aussi la télévision à faible valeur nutritive. Et cela, dans un contexte d’autoréglementation, dessine la culture éditoriale interne des nouvelles.

Prenez l'esthétique de la salle des nouvelles par exemple. J'avoue avoir ressenti un profond malaise de travailler dans une industrie qui sexualise sa main-d'oeuvre avec tant de désinvolture. Chaque décision d'embauche est examinée en utilisant, sans le dire, un ratio asymétrique de talent versus l’attrait physique, lequel compense souvent le manque flagrant de qualifications. 

Les problèmes d'insécurité, de doute de soi, et d'image corporelle subis par des journalistes, qui en d'autres circonstances sont intelligents et confiants, vous briseraient le coeur. Clairement il y a un double standard, une scission selon le sexe. Mais dans un environnement où beaucoup de cadres supérieurs sont des femmes, ce dont je parle s'applique aux hommes aussi. L'idée sous-tend racine à l'effet que si les personnes qui rapportent les nouvelles ressemblent à votre voisin, au lieu de Barbie et Ken ( 05 ), la station perd des téléspectateurs.

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Le problème avec la CBC (Radio-Canada Réseau anglophone

Richard Stursberg
( 06 ) ex-président de CBC

Le problème avec la CBC ( Note JosPublic: de même pour le réseau francophone) : Mis à part le fait de se sentir attiré sexuellement par les personnes à l'écran, le spectateur ciblé, selon les consultants, est également censé aimer les histoires simples qui renforcent les croyances qu'il détient déjà.  

C'est là que le diffuseur public est pris dans une situation difficile. La CBC Television/Télévision de Radio-Canada, post-Stursberg, est un échec de deux manières. Malgré des gains modestes dans certains marchés, (et de plus grands gains pour la télé-réalité comme Dragons 'Den et Battle of the Blades ( 07 )), il est encore incapable de rejoindre le grand public.

Le diable aidant, la stratégie qui en résulte est maintenant de rivaliser avec les réseaux à but lucratif pour les fruits les plus bas de l’arbre. Dans cette course vers le bas, le moins de temps et d'argent que la CBC ou SRC consacre à ses activités journalistiques, moins il y a de motivation pour les réseaux privés de maintenir leur crédibilité en finançant leurs propres équipes d'enquête. Même là, en terme de contenu de programmation " la protection des consommateurs " a largement remplacé "l’imputabilité politique".

C'est un cercle vicieux, et il crée des choses comme le « Kate & Will show » ( 08 ).

De plus récentes nouvelles à plus récentes nouvelles, encore, une couverture mur-à-mur, une couverture d’événements gérés en spectacle et livrés à la petite cuillère, de la visite célèbre, justifié par les liens d’un couple à une ancienne colonie, codifié dans un document que la plupart des Canadiens n'ont jamais lu et qu’une province n’a jamais signé.

Kate & William et le ministre John Baird

Durant une fin de semaine, alors qu'il se passait de vraies nouvelles à Bangkok, Misrata, Athènes, Washington, et autour du monde, nous avons plutôt vu une horde de journalistes essoufflés, hébétés bouche bée, habituellement crédibles, qui apparaissaient de direct en direct et élucubrait à propos de la jeunesse du prince et de sa jolie femme. Et le diffuseur public a mené la charge.

En plus d'être envahie par les "Action News" des prophètes de l'Iowa ( 09 ), la SRC a un autre problème: la perception que c'est en fait une sorte de refuge pour des gens subversifs de la gauche politique. Vrai ou pas, la SRC était assez inquiète des allégations « pinko » pour commander une enquête indépendante de sa couverture journalistique, durant laquelle plusieurs consultants ont essayé de quantifier « la partialité de gauche » chronomètre en main, pour finir par démontrer que la SRC donne le temps d'antenne au gouvernement conservateur correspondant à la proportion de sièges qu'il détient à la Chambre des communes. Ou quelque chose comme ça.

Jon Stewart parle d'une « droite qui se victimise », et ce qu'elle a accompli au Canada c’est la quasi-paralysie des voix progressistes en radio et télédiffusion.

Aux États-Unis, Chris Wallace l’animateur vedette de Fox News ( 11 ) a admis qu'il y a une lutte adverse en cours  - dont la cause, à son avis, tient à l'image que projettent les réseaux comme NBC d'un biais "libéral", et Fox est là pour dire "l'autre côté de l'histoire."

Dorénavant le Canada a ses Nouvelles Fox. Krista Erickson, Brian Lilley, et Ezra Levant font chacun une merveilleuse parodie du personnage d'ancrage TV. ( 12 )

Jon Stewart (10 )

Jean-René Dufort ( 14 )

Les indigestes, neutres, archétypes diffuseurs impartiaux font rire d’eux par Sun News ( 13 ) qui atteint ses cibles. Mais le Canada n’a pas de Jon Stewart pour démêler leur idéologie et agir comme un contrepoids. Nos satiristes sont édentés et ennuyeux, à l'exception notable de Jean-René Dufort ( 14 ). Et du côté plus sérieux, nous n'avons pas de Keith Olbermann ou de Rachel Maddow ( 15 ).

Donc je ne vois pas de vrai débat au sein du monde des médias lui-même, dans le sens d'un affrontement national d’idées débattues publiquement.

La droite politique canadienne, si vous voulez l'appeler ainsi, a eu cinq ans pour retirer ses gants. Avec un gouvernement conservateur majoritaire au pouvoir, elle met maintenant ses poings américains ( 16 ). Alors que la gauche s’agrippe avec des mitaines à four. À mon avis, la seule explication est qu’elle est trop polie, ou qu’elle ait trop peur. Si c'est la peur, la raison est assez claire, je pense.

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Sortir du garde robe politique

J'ai de sérieux problèmes avec la direction prise par la politique et les politiques publiques canadiennes durant les cinq dernières années.

En tant que journaliste, je me sens comme ayant retenu mon souffle. Chaque question posée, chaque tweet affiché, et même mes propos à d'autres journalistes et amis ont dû passer par un filtre, où mes propres opinions et mes valeurs ont été soigneusement filtrées. Même alors, je ne suis pas sûr que cela a toujours été un succès, mais j'ai toujours su qu’autant à la CBC/SRC qu’à CTV il y avait de graves conséquences à éditorialiser.

Selon les termes de mon contrat d’embauche à CTV, il existe une clause par laquelle la société (désormais Bell Media) peut littéralement s'approprier ma production et ma propriété intellectuelle. J'aurais inventé un meilleur piège à souris, qu'elle posséderait le brevet. J'aurais écrit un roman, de la poésie sur le dos d’une serviette de table, qu'elle aurait obtenu une cote!

Bell Media est cool aux foutaises! Yo man! Si j’avais dit quelque chose hors du cadre de ma position en tant que journaliste " objectif " de télévision, elle avait des motifs de me licencier. J'ai ressenti un sentiment d'angoisse à la lecture de cette clause, mais j'ai quand même signé parce que j’avais 23 ans et que je voulais l’emploi.

Maintenant, je veux avoir droit à mes opinions.

J’avoue que mes opinions ne s’accordent pas en tous points avec un seul parti politique.

Je ne suis pas un militant
partisan, je ne l’ai jamais été. Fiscalement, je crois qu'un gouvernement doit être conservateur.

La précaution me semble être une bonne chose dans l'intendance des deniers publics. Je crois
aussi que nous devrions être taxés en fonction de notre capacité de payer et que ce revenu doit être à l’occasion investi massivement dans la protection du bien public.

Avoir l'air fatigué à Chibougamau

En conséquence, je ne vois aucune logique dans l'achat d’avions chasseurs furtifs une décennie après la guerre froide, ou de construire de plus grandes prisons au moment où le taux de criminalité est en baisse. Si nous avons ce genre de capital à dépenser, il devrait être investi dans le développement d’un train à grande vitesse ou dans des infrastructures pour développer les énergies renouvelables.

À propos des « questions sociales », je pense qu'un gouvernement devrait opter pour « se fermer la trappe ». Si une femme a besoin d’être avortée ou si un couple homosexuel veut se marier, l’avis d’un ministre y est inapproprié. Si un festival de théâtre veut explorer le terrorisme d'origine locale ou si un organisme indépendant dénonce un allié militaire, il y a intérêt à ce que les motifs de définancement étatique soient sacrément bien documentés pour les justifier. Et lorsque la science démystifie l'idéologie, la raison doit prévaloir dans la détermination des politiques publiques.

Une mise en garde s’impose ici: il y a un certain nombre de petits c et de grands C conservateurs que j'aime beaucoup, notamment mon grand-père et plusieurs personnes politiques ou députés.es. Mais ceux aveuglés par une partisanerie tribale n’aimeront pas mes propos.

En ce moment, au Canada, une guerre s’est déclarée contre la science. Pour satisfaire une petite, mais puissante communauté politique, le PMO - Office de planification des projets ( 17 ) s’est engagé dans une opération, pas vraiment clandestine, pour démonter et faire taire les nombreux opposants crédibles à la doctrine Harper.

Pourquoi tuer le recensement (formulaire long) ? Littéralement afin de prendre des décisions dans l'obscurité, sans données pertinentes. Idem pour les prisons ? Pourquoi définancer la recherche scientifique? Parce que des branches entières des sciences naturelles sont fondées sur des choses comme l'évolution, une théorie que la ministre responsable a dit ne pas comprendre – visiblement, elle n’y croit pas. Pourquoi se contenter de faibles platitudes sur le changement climatique? Parce que, malgré le consensus scientifique mondial, les éléments de la base conservatrice ne croient pas que l'activité humaine puisse réchauffer la planète. Des siècles de pensée rationnelle et de tradition académique, datant de la Renaissance, sont jetés par la fenêtre en faveur d'une idéologie qui ne reflète pas la réalité.

Pendant ce temps, nous sommes embarqués dans une vraie guerre, celle qui nous invite à faire le point sur notre situation dans le monde, dix ans après qu’elle ait commencé. Quand j'ai rejoint l'infanterie de réserve, j'ai demandé la possibilité de m’inscrire pour une mission du maintien de la paix (une pratique inventée dans ce pays). L'adjudant m'a informé que toutes les ressources étaient consacrées indéfiniment à la guerre en Afghanistan, je pouvais oublier mon désir d’être coiffé d'un béret bleu.

Une des campagnes publicitaires des conservateurs prônait que le Canada est un « guerrier courageux »
( 18 ),
et pourtant nous avons perdu notre siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Les valeurs canadiennes pour lesquelles je m’étais engagé à promouvoir et à défendre, sont de plus en plus méconnaissables d'un point de vue international.

Nous nous sommes retirés de projets humanitaires en raison de différents aspects qui
risquaient d’offenser certains évangélistes canadiens. Nous nous sommes si étroitement agrippés à nos alliés états-uniens à l'étranger que nous apparaissons désormais sur la liste des cibles du terrorisme. Nous envoyons des personnes se faire torturer et nous fermons nos frontières aux membres de familles de professionnels canadiens provenant de l’étranger. Nous sommes devenus, selon la caractérisation de M. Harper, une île. Une mer de troubles érode nos côtes. En d'autres termes, nous fermons les ports au moment nous avons le plus besoin de construire des ponts.

À propos du changement climatique, je suis forcé de déduire que le présent gouvernement fédéral a complètement abdiqué ses responsabilités. Le message à ma génération est le suivant : essayez de comprendre par vous-mêmes. Le refus dogmatique d'accepter que cette crise soit créée par les gens et qu’ils doivent faire ce qu'ils peuvent pour en éviter les conséquences me rappelle cet équipage qui croyait la terre plate. Sauf que, cette fois, nous fonçons toutes voiles dehors dans le précipice.

Nous devons recruter des scientifiques internationaux, financer la recherche, stimuler l'économie verte, légiférer des mesures dissuasives à l'utilisation des combustibles fossiles, et surtout, tendre la main et bâtir des alliances avec les pays qui prennent déjà une attitude proactive. En tant que nation arctique - un pays d'inventeurs, de diplomates et de négociateurs, nous devrions prendre l'initiative dans la négociation globale qui pourrait sauver le monde tel que nous le connaissons. Au lieu de cela nous nous renfermons sur nos réalisations passées, aliénant nos voisins. Dans l’intérêt de gains politiques à court terme, et de profits à moyen terme pour les sociétés d'énergie, les politiciens conservateurs abandonnent ma génération et toutes celles à venir.

Et puis, les gens censés obliger les décideurs à rendre des comptes choisissent plutôt de diffuser de la foutaise inutile, ou pire, des histoires qui détournent l’attention des projets massifs que nous devrions attaquer au lieu de regarder la télévision.

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Prochaines étapes

Premier arrêt après avoir quitté Montréal

J'ai besoin de me développer spirituellement, physiquement et intellectuellement afin d’effectuer un changement significatif dans le monde autour de moi. J’ignore encore où cette impulsion me mènera, mais je sais que je ne peux pas travailler en marge des réels problèmes et faire fi de mes convictions, tout en espérant que, chaque soir, le spectateur saura décrypter ce que je voulais dire entre les lignes.

Je pensais
qu’en m'astreignant aux règles et qu’en faisant mon chemin à travers la hiérarchie, j’accèderais possiblement à une position d'influence et de crédibilité pour communiquer vraiment ce que je ressens. J'ai réalisé que je ne pouvais plus attendre.

Si la narration se révèle être ma véritable passion et la meilleure façon d’utiliser mes compétences, alors je continuerai dans cette voie. Par contre, si les soins aux aînés, les universités, l'agriculture, le militantisme, l'art, l'éducation, le Budo, ou d’autres activités actuellement insoupçonnées font brûler plus intensément la flamme, alors je ferais le changement, ou peut-être même tous. Je suis prêt à travailler avec n'importe qui, de n'importe quelle religion ou ligne politique, en autant que les personnes soient sincères à propos de leur engagement et soient prêtes à agir.

Pour le moment, j'ai besoin d'entreprendre un long voyage, celui trop longtemps reporté vers des découvertes personnelles. J’ai donné tous les biens qui n'entraient pas dans mon camion, et je me suis mis en route, de nouveau, vers l'ouest. J'ai besoin de revenir à la maison pour un temps. J'ai besoin de m'entourer de ma famille et d’amis. J'ai besoin de consulter, de méditer et de planifier les prochaines étapes.

Je suis fauché, pourtant je me sais riche d’amour. Je suis au chômage et sans-abri, mais jamais je ne me suis senti plus libre.

Tout est possible.

Kai Nagata

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Notes & Références:

01

Qu'est-ce que le réseau CTV ?

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02

Que sont les Nouvelles Fox ?

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03

Qui est Rupert Murdoch ?

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04

Qu'est-ce que Bell Media ?

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05

Qui sont Barbie et Ken ?

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06

Qu'est-ce que la télévision post-Stursberg ?  Richard Strusberg, durant 6 ans était à la tête des services anglophones de la Société Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation

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07

À propos de la télé-réalité à CBC, des émissions comme Dragons 'Den et Battle of the Blades

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08

Qu'est-ce que le Kate & Will Show ?

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09

"Action News" des prophètes de l'Iowa - Voir la chronique Prayer & Action news

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10

Qui est Jon Stewart ?

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11

Qui est Chris Wallace ?

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12

Qui sont Krista Erickson, Brian Lilley, et Ezra Levant ?

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13

Qu'est-ce que Sun News ?

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14

Qui est Jean-René Dufort ?

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15

Qui sont Keith Olbermann et Rachel Maddow ?

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16

Qu'est-ce qu'un poing américain ?

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17

Qu'est-ce que le PMO - Office de planification des projets ?

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18

Campagne publicitaire du Parti Conservateur du Canada " Our country "

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