États-Unis-d'Amérique : les pires candidats des élections de mi-mandat
Farfelus, racistes et/ou ignares, ces candidats, souvent issus du parti politique "Tea Party",
ne craignent pas les attaques en-dessous de la ceinture

Par Armelle Vincent
Pour le journal Rue 89
France
Publié le 24 octobre 2010



Autres sources
Le journal La Presse
Journaliste Richard Hétu et le journal L'Express de France

 

Quel est le pire candidat aux élections de mi-mandat américaines, récemment qualifiées « des plus stupides et vides de substance de l'histoire des Etats-Unis » par un blogueur ? La médiocrité abyssale et l'agressivité du discours politique à l'approche du scrutin du 2 novembre 2010 sont effarantes.

Inspiré par Sarah Palin, ex-gouverneure de l'Alaska et égérie ultra-conservatrice, le mouvement du Tea Party, dont le leitmotiv est la lutte contre le "big government" (la toute puissance de l'Etat) est viscéralement anti-establisment. C'est sans doute à ce titre qu'il accumule les âneries...  

On n'a jamais vu une telle bande de phénomènes de foire mener campagne de concert. Depuis leur prolifération sur la scène politique, même la perception des conservateurs d'hier a changé. Le niveau est si pitoyable et le fanatisme si outré qu'on se prend à regretter la modération d'un George Bush ou les capacités intellectuelles d'une Sarah Palin.

Voici donc, dans le désordre, une galerie de portraits, non-exhaustive, des pires candidats de cette élection.

 
 
 
 
 

Christine O'Donnell, 41 ans, Delaware

Candidate au poste de sénatrice.

Cette pieuse célibataire se distingue par sa bêtise et son obscurantisme. Elle confond masturbation et adultère, a menti sur ses études, s'est livrée à la sorcellerie tout en affirmant ne pas être une sorcière dans son dernier spot télévisé.

Elle accuse également les scientifiques de développer en secret des « souris dotées de cerveaux humains parfaitement fonctionnels », est opposée à l'avortement même en cas de viol et considère que les campagnes de lutte contre le sida sont en réalité des « plateformes de recrutement d'adolescents par la communauté gay »

Comme plusieurs adeptes du Tea Party, elle invoque souvent la constitution des États-Unis pour justifier ses positions, mais fait preuve de lacunes. Répondant à Chris Coons, son adversaire démocrate dans la course sénatoriale du Delaware qui expliquait que le créationnisme ne pouvait être enseigné dans les écoles publiques en raison de la séparation de l'Église et de l'État décrétée par le 1er amendement à la Constitution, elle avoue sa surprise "Le 1er amendement décrète ça? (...) vous me dites que la séparation de l'Église et de l'État est inscrite dans le premier amendement?La même Christine O'Donnell s'est plaint, le 21 octobre, d'être poursuivie par une de ses déclarations anciennes selon laquelle elle a "fricoté avec la sorcellerie". Elle a été obligée de diffuser un spot télévisé où elle dément: "je ne suis pas une sorcière".

 
 

Alvin Greene, 33 ans, Caroline du Sud

Candidat démocrate au poste de sénateur.

Alvin qui? Plusieurs bonzes du Parti démocrate de Caroline du Sud se sont posé cette question après la victoire inattendue d’Alvin Green, un chômeur de 32 ans qui a remporté mardi l’investiture démocrate pour l’élection sénatoriale de cet État en novembre. Green, un ex-militaire, a réussi l’exploit de vaincre le candidat préféré de l’establishment démocrate, Vic Rawls, un ex-juge, sans même se doter d’une seule affiche électorale.

Ex-militaire Chômeur, vivant chez son père. Au lendemain de la primaire, les dirigeants démocrates de Caroline du Sud ont demandé à Green d’abandonner sa candidature après avoir appris que celui-ci avait été arrêté et inculpé en novembre 2009 pour avoir montré à une étudiante de l’Université de Caroline du Sud des photos pornographiques sur internet et évoqué son intention d’aller lui rendre visite à sa chambre sur le campus universitaire. Cet homme semble incapable de prononcer une phrase complète sensée. Il a pourtant été choisi par 59% des électeurs démocrates sans mener campagne ni même mettre un site web en place.

Bien qu'il soit diplômé en sciences politiques, son discours est décousu et incohérent. Selon certaines rumeurs, il aurait en réalité été planté par le parti républicain pour assurer la défaite des démocrates en Caroline du Sud.

Sans revenus, on ne s'explique pas comment il s'est acquitté de la somme de 10 440 dollars que chaque candidat doit payer pour figurer sur les listes électorales.

Comment Green a-t-il pu gagner sa primaire? Il semble que sa position au sommet de la liste des candidats démocrates sur les bulletins de vote l’ait aidé. Il faut dire aussi qu’aucun démocrate, même le plus partisan, ne croyait aux chances de Vic Rawls de vaincre le sénateur républicain sortant, Jim DeMint. De sorte que les électeurs du parti n’ont guère prêté attention à cette course.

Aux dernières nouvelles, Green n’avait pas l’intention de renoncer à briguer un siège au Sénat des États-Unis.

P.S. : Le représentant démocrate de Caroline du Sud James Clyburn soupçonne Green d’être une taupe républicaine. Il demande une enquête sur sa candidature

Jan Brewer, 66 ans, Arizona

Candidate républicaine au poste de gouverneure.

Lorsque Janet Napolitano quitte ce même poste pour prendre celui de ministre du Homeland security (Sécurité intérieure) du gouvernement Obama en janvier 2009, sa secrétaire d'Etat Jan Brewer prend naturellement le relais, conformément à la loi qui interdit le cumul des mandats.

Inconnue jusqu'alors, cette ancienne députée ne tarde pas à se distinguer en signant la fameuse loi anti-immigration SB 1070 qui lui vaut les encouragements de Sarah Palin. Du jour au lendemain, Brewer devient célèbre. Et prend goût à son nouveau statut de « darling » du Tea party.

Problème : lors de l'unique débat qui l'a opposée à son adversaire démocrate Terry Goddard le 1er septembre, Brewer s'est ridiculisée en ne parvenant pas à aligner trois mots après s'être présentée aux téléspectateurs. En direct, elle est restée silencieuse, ne sachant quoi dire, pendant d'interminables secondes à l'issue desquelles elle s'est mise à glousser. Lorsqu'elle a enfin repris la parole, elle a énoncé des platitudes enfantines en faisant d'énormes fautes de grammaire

 
 
 
 
 
 
 

Carl Paladino, 64 ans, New York

Homophobe, raciste et vulgaire
, ce riche promoteur immobilier basé à Albany, la capitale de l'Etat de New York, ne cesse de faire des gaffes et de proférer des propos haineux. Grand moralisateur, défenseur acharné des valeurs familiales, il est le père d'une fille naturelle née d'une idylle avec une maîtresse, ce qui ne l'empêche pas d'accuser son adversaire Andrew Cuomo d'avoir été infidèle à son épouse.

Lors d'un discours devant des leaders juifs orthodoxes le 10 octobre 2010, le candidat républicain au poste de gouverneur de New York, Carl Paladino, a déclaré qu'il "ne voulait pas que l'on bourre le crâne des enfants en leur faisant penser que l'homosexualité était une option acceptable". Quelques jours plus tôt, il avait comparé le président démocrate de la chambre basse, Sheldon Silver, à "un Antéchrist ou un Hitler", et déclaré qu'il voulait l'envoyer en prison pour qu'il se fasse tabasser "un peu".  

La plupart des candidats du mouvement ont par ailleurs une fâcheuse tendance à voir Hitler partout comme le fait remarquer le journal Allemand Der Spiegel.

Paladino a en outre fait suivre des dizaines d'e-mails pornographiques et racistes, les premiers montrant des actes bestiaux entre humains et animaux et les seconds représentant Obama en souteneur, la première dame en prostituée, et les Noirs en sauvages.

Il préconise d'envoyer de force tous les bénéficiaires du welfare (aides sociales) dans des camps de travail. Et il a récemment menacé un journaliste de le « buter » s'il n'arrêtait pas d'enquêter sur son passé.

 
 

Sharron Angle, 61 ans, Nevada

Si elle est élue, elle se propose d'éliminer l'équivalent américain des Assedic, de démanteler la Sécurité sociale et de privatiser le secrétariat d'Etat aux Anciens combattants.

Elle a accusé son adversaire, le président du groupe démocrate au Sénat Harry Reid, d'avoir facilité la distribution de Viagra aux pédophiles, une calomnie éhontée digne de cette extrémiste qui ne recule devant aucun mensonge et aucune tactique pour avancer dans les sondages.

Elle veut interdire l'avortement, même en cas de viol, a laissé entendre que ses électeurs devraient peut-être prendre les armes s'ils ne parviennent pas à déloger son opposant démocrate, Harry Reid, de son siège. Après tout, le deuxième amendement de la Constitution ne garantit-il pas le droit des citoyens de s'armer pour combattre la tyrannie? La même, devant une salle remplie d'étudiants hispaniques, sans doute dans l'intention de les flatter leur a lancé: "Plusieurs d'entre vous m'ont l'air plutôt asiatiques."   Dans l'une de ses déclarations les plus incendiaires, elle a suggéré qu'au cas où le Congrès manquerait de passer aux mains des républicains, les électeurs en colère pourraient avoir recours aux « remèdes garantis par le second amendement de la Constitution » (qui autorise le port d'arme).

Le pire est que cette fanatique pourrait bien être élue, puisque Harry Reid n'arrive pas à la devancer.

 
 
 
 
 
 

Dan Maes, 49 ans, Colorado

Candidat républicain au poste de gouverneur.

Un temps favori du Tea party, Maes semble de plus en plus déserté par ces anciens amis ces derniers temps. Il a fait l'erreur de s'inventer un passé d'agent de police infiltré au Kansas.

Sinon, il a accusé son adversaire, John Hickenlooper, actuellement maire de Denver, de travailler secrètement pour les Nations unies en mettant en place un réseau de vélos en libre-service dans la capitale du Colorado :

« Encourager les citadins à se déplacer en bicyclette paraît innocent en surface, mais c'est un projet très bien déguisé qui sera bientôt exposé au grand jour. »

… et les autres

Linda McMahon, une milliardaire prétendante au Sénat dans le Connecticut, et ex-présidente de la fédération de catch, n'a pas exclu de réduire le salaire minimum, tout en avouant qu'elle en ignorait le montant; elle a par la suite regretté ses propos.  

Richard Lott, candidat de l'Ohio à la Chambre des représentants, a suscité l'émoi début octobre 2010, après avoir été photographié avec un uniforme allemand de la Waffen SS, qu'il disait avoir revêtu dans le cadre d'une reconstitution historique.  

Rand Paul, candidat libertarien pour le siège de sénateur du Kentucky, a critiqué, en mai 2010, la loi de 1964 établissant l'égalité des droits civiques, estimant qu'elle était "trop large". Puis, il a déclaré que Barack Obama était "un-American" (non Américain) pour avoir pris des positions excessives à propos des responsabilités de BP dans la marée noire du golfe du Mexique.  

Mur de Berlin

Joe Miller, candidat du Tea Party en Alaska, va chercher le remède à Berlin pour résoudre le problème de l'immigration clandestine. "L'Allemagne de l'Est a été tout à fait capable de réduire le flot", a-t-il déclaré lors d'un meeting enregistré par un blogueur: "Nous aussi, en tant que grande nation, nous avons la capacité de sécuriser notre frontière. Si l'Allemagne de l'Est a pu le faire, nous le pouvons" conclut-il.  

Basil Marceaux, 58 ans, n'est plus en lice (il briguait le poste de gouverneur du Tennessee) mais il vaut quand même la peine d'aller faire un tour sur le Web pour entendre ses discours. Hilarant.

Idem pour Phil Davison, le candidat survolté au poste de trésorier du comté de Stark (Ohio). Ou encore Vaughn Ward, un aspirant député de l'Idaho qui ignorait que Puerto Rico n'est pas un pays mais un protectorat des Etats-Unis.