Ça ne relève pas de l'exploit. Plutôt du miracle.
Trois cent quarante et une pages truffées de langue de bois et de charabia bureaucratique à l'état pur. À côté de cela, même un manuel d'instruction serbo-croate énumérant les types d'écrous autorisés sur une chaîne de montage de barbecues électriques constitue une lecture désopilante.
Je vous entends protester.
Le vérificateur général n'est pas un poète, c'est un comptable! Il joue un rôle de surveillance indispensable, sans obligation de plaire aux uns et aux autres! Ne dit-on pas que lorsque le sage pointe la lune, l'idiot de journaliste regarde son doigt?
Cherchez l'erreur. Si le vérificateur général soumettait un rapport contenant des passages en hiéroglyphes, nous exigerions la traduction. Mais s'il écrit dans un jargon incompréhensible, cela paraît acceptable.
Alors, bienvenue dans un monde merveilleux où l'on ne donne pas suite à une plainte. On la «ferme dans le système».
Un monde où l'employé devient une «ressource» et où les travaux sont surnommés des «livrables».
Un monde où l'on ne dit plus que la Ville éprouve des difficultés à remplacer les employés partis à la retraite. Non. On dit qu'elle présente «des zones de vulnérabilité en matière de perte d'expertise».
Après la lecture de ce passage, tiré de la page 71, vous ressentirez peut-être une «zone de vulnérabilité», euh, pardon, une sorte de migraine?
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Les principaux mécanismes, implantés ou en cours d'implantation au moment où nous avons examiné les activités pertinentes, ont le mérite d'être présents sous une forme acceptable, mais ne constituent toujours pas à ce stade-ci de leur implantation une gouvernance robuste. |
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Si c'est cela, le chien de garde de la démocratie, est-ce que quelqu'un aurait la gentillesse de lui redonner son dentier?
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Périodiquement, le Québec se demande s'il faut que le Français soit davantage parlé sur les lieux de travail. Ou mieux enseigné aux immigrants. |
Mais peut-être que c'est l'administration publique qu'il faudrait «franciser»?
À quand une prime de bilinguisme pour ceux qui parlent le français, en plus du jargon bureaucratique usuel?
Je rigole pour éviter de pleurer.
Au Québec, on ne résout plus un problème. On «agit en curatif».
Dans les hôpitaux, on ne réchauffe plus un plat congelé; on le «rethermalise après une liaison froide».
Les élèves ne passent pas un examen, ils «vivent une situation d'apprentissage et d'évaluation».
Les enseignants ne fixent plus des objectifs, ils donnent des «cibles de réussite».
Et l'administration ne nomme plus un responsable de la lutte contre le décrochage scolaire. Elle identifie un «répondant de la persévérance scolaire».
Vous en voulez d'autres? Le printemps dernier, à Québec, on n'a pas démoli le monastère des Dominicains, sur la Grande Allée. On l'a «déconstruit».
Et l'armée n'a pas retiré les soldats qui donnaient un coup de main dans les zones inondées, en Montérégie. Elle a procédé à un «dégarnissage».
Il y a quelques jours, le président d'une commission scolaire de Québec a même parlé des parents comme des «faiseurs d'enfants».
Reste que le chef-d'oeuvre du jargon remonte à 2005, lors de l'annonce de la fermeture du zoo de Québec. Ce jour-là, le communiqué officiel n'évoque pas la «fermeture». Il annonce que les activités du zoo sont «consolidées» à l'Aquarium.
Docteur, est-ce grave?
Dans une entrevue récente, Julian Assange se demande si la langue de bois est pire que le secret.
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«Évidemment, si on ne peut plus dissimuler les choses par le secret, on peut le faire par la complexité, explique-t-il. Et l'on voit bien que certaines institutions ayant une obligation de transparence utilisent un épouvantable jargon bureaucratique [...]. Elles déforment leur langage et elles dissimulent certaines choses en les formulant de manière ambiguë.» |
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Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, ( 02 ) |
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Sans sombrer dans la paranoïa, il faut admettre qu'il s'agit d'un cul-de-sac. D'une question sans issue, comparable à cette célèbre entrevue de mère Teresa.
«Quand vous priez Dieu, que lui dites-vous?» avait demandé un journaliste.
Mère Teresa avait répondu : «Je ne dis rien. J'écoute.»
L'autre avait insisté : «Et qu'est-ce que Dieu vous dit?»
Alors, la future sainte avait confié, le plus naturellement du monde : «Il ne dit rien. Il écoute.» |
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