Il est surnommé « le dissident de
Wall Street » sur les marchés financiers
internationaux. Spécialisé dans le
risque d’événements rares et imprévus,
il a été trader pendant 20 ans à New
York et à Londres avant de fonder
Empirica LLC.
Les propositions pour ne plus jamais
devoir a affronter une crise financière
telle que celle de la Grande dépression
de 1930 et la présente crise (2009-201?)
1. Ce qui est fragile doit se briser
rapidement avant que de pouvoir grandir.
Rien ne doit jamais atteindre une taille
telle que cela ne puisse faillir. Les
processus de l’évolution à l’oeuvre dans
la vie économique favorisent les êtres
porteurs du maximum de risques
dissimulés - et donc les plus fragiles -
qui deviennent ainsi les plus gros.
2. Pas de socialisation des pertes et de
privatisation des gains. Quoi que ce
soit qui doive être renfloué devrait
être nationalisé ; quoi que ce soit qui
ne nécessite pas de renflouement devrait
être indépendant, de petite taille, et
assumer ses risque. Nous avons réussi à
associer les pires aspects du
capitalisme et du socialisme. En France
dans les années 1980, les socialistes
ont pris le contrôle des banques. Aux
États-Unis dans les années 2000, les
banques ont pris le contrôle du
gouvernement. C’est surréaliste.
3. Les gens qui ont conduit un bus
scolaire les yeux bandés (et ont eu un
accident) ne devraient jamais se voir
confier à nouveau un autobus. Les
institutions et les élites du monde
économique ( universités, organismes de
régulation, banques centrales,
responsables gouvernementaux,
organisations diverses employant des
économistes) ont perdu leur légitimité
avec l’échec du système. Il est
irresponsable et stupide de placer notre
confiance dans la capacité de ces
experts pour nous permettre de sortir de
ce pétrin. Au contraire, il convient de
rechercher des gens intelligents, ayant
les mains propres.
4. Ne pas
laisser quelqu’un bénéficiant d’une
prime de résultat gérer une centrale
nucléaire - ou vos risques financiers.
Il y a toute les chances qu’il rogne sur
les sécurités pour faire état de
« bénéfices » tout en affirmant agir de
façon prudente. L’octroi de primes
s’accorde mal avec les risques cachés de
déflagration. C’est l’asymétrie [1]
propre au système des bonus qui nous a
conduit où nous en sommes. Aucune
incitation sans mesures de dissuasion :
le capitalisme est fait de récompenses
et de punitions, et non seulement de
récompenses.
5. Compenser la complexité par la
simplicité. La complexité de la
mondialisation et de la vie économique
fortement mises en réseau doit être
contrée par la simplicité des produits
financiers. La complexité de l’économie
est déjà en elle même une forme d’effet
de levier : celui de l’efficacité. De
tels systèmes ne survivent que grâce à
la répétition et la facilité ; l’ajout
débridé de produits financiers basés sur
la dette produit de dangereuses
fluctuations ne laissant aucune place à
l’erreur. Le capitalisme ne peut éviter
les engouements des modes et les
bulles : les bulles boursières (comme en
2000) se sont avérées être
supportables ; mais les bulles de dettes
sont délétères.
6. Ne pas confier de bâtons de dynamite
aux enfants, quand bien même ils
seraient accompagnés d’un avertissement.
Les produits dérivés complexes doivent
être interdits parce que personne ne les
comprend et que bien peu sont
suffisamment compétents pour les
maîtriser. Les citoyens doivent être
protégés d’eux-mêmes, des banquiers qui
leur vendent des produits spéculatifs,
et d’autorités de régulations crédules
qui prêtent l’oreille aux théoriciens de
la finance.
7. En dehors des escroqueries
pyramidales, rien ne devrait être basé
sur une entière confiance. Les
gouvernements ne devraient jamais être
confrontés à la nécessité de « restaurer
la confiance ». Le mode de propagation
en cascade des rumeurs est le produit de
systèmes très complexes. Les
gouvernements ne sont pas en mesure
d’arrêter ces rumeurs. Nous devons tout
simplement être capables d’ignorer les
rumeurs, d’être suffisamment robustes
pour y faire face.
8. Ne pas donner de drogue à un
toxicomane lorsqu’il est en manque. Le
recours à l’effet de levier pour guérir
les problèmes de l’excès de l’effet de
levier ne relève pas de l’homéopathie,
mais du déni. La crise de la dette n’est
pas un problème temporaire, mais
structurel. Nous devons nous
désintoxiquer.
9. Les citoyens ne devraient pas
dépendre des actifs financiers ou des
conseils d’ « experts » faillibles pour
ce qui est est de leurs retraites. La
vie économique doit être « définanciarisée »
Nous devons apprendre à ne plus
considérer les marchés comme des stocks
de valeur : ils ne procurent pas le
niveau de certitude dont les citoyens
ont besoin. Les citoyens ne devraient
ressentir d’anxiété qu’au sujet des
circonstances de leurs propres affaires
(celles qu’ils contrôlent), et non de
leurs investissements (qu’ils ne
contrôlent pas).
10. Faire une omelette avec les oeufs
cassés. Au bout du compte, cette crise
ne saurait être surmontée par des
expédients, pas plus qu’un bateau à la
coque pourrie ne pourrait être remis à
flot par des réparations de fortune.
Nous devons reconstruire la coque avec
des matériaux nouveaux (et plus forts) ;
nous aurons à rebâtir le système avant
qu’il ne le fasse par lui-même. Passons
volontairement au capitalisme version
2.0, en faisant en sorte que de ce qui
doive casser casse de lui même, en
convertissant la dette en capital, en
marginalisant l’etablishment économique
des entreprises et des universités, en
supprimant le « Nobel » d’économie, en
interdisant les rachats financés par la
dette (LBO), en cantonnant les banquiers
à leur tâche, en récupérant les primes
de ceux qui nous ont entrainés où nous
en sommes, et en enseignant aux gens à
trouver leur route dans un monde de
moindres certitudes.
Ceci accompli, nous disposerons d’une
économie plus proche de notre milieu
biologique : des entreprises de taille
moindre, une écologie plus riche, pas
d’effet de levier. Un monde dans lequel
les entrepreneurs, et non les banquiers,
prendront les risques et où les
entreprises naissent et meurent chaque
jour sans faire les gros titres.
En
d’autres termes, un monde plus résistant
aux cygnes noirs. [2]