Nous étions le 10 juin 2008,
en pleine tourmente des "papiers
de subprimes à découvert". La
Caisse de dépôt et de placement
du Québec épongeait des
pertes énormes à cause de cette
folie. La crise du prix du
pétrole créée
de toutes pièces par la "Bourse
du pétrole" engendrait de la
famine dans les pays pauvres. En
bons citoyens, nous nous
attendions à ce que les
éditorialistes des grands médias
se joignent à des professeurs,
des politiciens et chercheurs de
renommée pour dénoncer autant
les effets néfastes de la crise
que ses profiteurs et ses
usurpateurs, et même, pourquoi
pas, pour lancer l'idée d'une
future réforme du capitalisme
financier. Pour notre grand
malheur, il n'y eut que de
timides couacs. Une pétition
d'économistes fut
envoyée au premier
ministre Harper qui,
lui, continuait à nier la crise.
Nos supposées élites nationales
allaient-elles mordre la main
qui les nourrit ? Même pas une
dénonciation publique du régime
financier qui égorgeait les
petits épargnants. Ceux qui en
parlaient se référaient à une
crise économique désincarnée.
Toujours le 10 juin 2008,
le journal La Presse, Le Devoir
et la radio de Radio-Canada
couvraient une conférence sans
qu'aucun de leurs éditorialistes
respectifs n'émette un seul
commentaire. Ce qui surprit lors
de cette conférence fut un
discours surréaliste d'Angel
Gurria, secrétaire général de
l'Organisation de coopération et
de développement économique
(OCDE), de passage à Montréal.
Devant un parterre de gens
d'affaires et de politiciens, il
venait nous réciter les
préceptes de sa bible du libre
marché, et nous faire la leçon
sur notre façon de gérer l'eau
au Québec. Ancien ministre des
Affaires extérieures et des
Finances du Mexique, il s'y
connaît en finance et en
conflits d'intérêts!
Pendant que le monde dérapait
économiquement et que les
spéculateurs prenaient le
pouvoir face à des gouvernements
veules et corrompus, monsieur
Gurria nous proposait des
solutions à une autre crise,
celle de l'eau dans le monde.
Mais, tenez-vous bien.... du
haut de sa chaire, il prêchait
en citant l'exemple de la Bourse
de l'eau que le Chili s'était
donnée récemment. Il est
important ici de mettre l'homme
dans son contexte et de se
questionner sur la valeur d'un
tel raisonnement. Comment ce
grand compétent de l'OCDE,
ancien dirigeant mexicain
pouvait-il se permettre de
telles élucubrations. Il est
vrai qu'il avait laissé la ville
de Mexico s'enfoncer
littéralement dans sa nappe
phréatique, épuisée par toutes
sortes d'abus générés par les
"lois du marché" qui justement
ne sont pas des lois!
Sur quelles analyses
osait-il prétendre que la
gestion de l'eau devrait être
remise entre les mains du
secteur privé ? Proposer une
Bourse de l'eau comme moyen de
financement pour les
entreprises, c'était faire
preuve d'une incompétence
certaine à résoudre le problème
de l'eau dans le monde.
Avons-nous la mémoire si courte
pour avoir oublié les
conséquences néfastes de la
Bourse du pétrole, dont on paye
encore le prix comme simple
consommateur ? Monsieur Guirra
terminait son discours sur un
énoncé remarquablement
démagogique: "L'eau est
rare, de sorte qu'elle doit être
attribuée à celui qui peut faire
la meilleure offre,
a-t-il affirmé. Par le
biais d'un mécanisme opportun
d'établissement des prix, vous
obtenez une meilleure
attribution et un meilleur usage
de l'eau." À lire ce
délire capitaliste, on comprend pourquoi
l'économie est dans la merde.
Mais est-ce suffisant pour
courber l'échine devant ces
ignorants qui nous gouvernent et
qui croient davantage en des
sornettes idéologiques bien
sonnantes dans leur bourse, qu'à
l'équité de vie de leurs
concitoyens ?
Au Québec, les dirigeants de la
Caisse de dépôt et placements du
Québec, ont contribué à
l'avènement de la crise
mondiale. Pourquoi le Québec
détenait-il plus de 50% de tous
les papiers commerciaux toxiques
du Canada? Où est l'enquête? Qui
sont les responsables?
Grâce à Yves Michaud, notre
"Robin des banques", nous
connaissons désormais le lignage
des financiers et leurs devises.
Pénible constat, leur mission
première est d'accroître
uniquement le portefeuille de
ces présidents, directeurs
généraux
et conseils d'administration de
grandes entreprises cotées en
bourse. Tout aussi navrante, la
confrérie des dirigeants des
banques qui s'allouent des
salaires faramineux, ou des
actions à empocher dès que le
vent financier tourne
malencontreusement, et surtout
s'informent les uns et les
autres de
l'heure H, eux qui sont
les seuls à pouvoir jouir du
délit d'initié sans grandes
conséquences
sinon celle
de s'enrichir effrontément.
Encore en 2010, nous le savons, il n'existe pas
cinquante-six moyens d'agir.
Nous continuerons à dénoncer les
requins de la finance, cupides
individus aux allures de bons
citoyens
et nous clamons haut et fort
qu'il est temps de mettre à nu
la dictature du monde financier