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Contamination de l'eau de Shannon au TCE
Pour le Dr Claude Shield, oncologue, il y a trop de cancer
sur la base militaire de Valcartier

Extraits des sources suivantes:
Les journaux
Le Soleil, le Jacques-Cartier, Journal de Québec
Québec, Canada     
Journalistes: Luc Fournier, Régys Caron, Pierre Asselin
Publications: 9, 10, 11, 15 mars 2011

 

Il y a quelque chose d'anormal à Shannon, a affirmé mardi en cour le Dr Claude Shields, oncologue à l'hôpital de l'Enfant-Jésus. Le nombre, mais surtout la densité, des cas de cancer dépasse tout ce qu'il a connu en 30 ans de carrière.

Le Dr Shields témoignait comme expert pour les membres du recours collectif des citoyens de la municipalité, pour la contamination de la nappe phréatique par le trichloroéthylène (TCE). Il étudie le cas de Shannon depuis près d'une dizaine d'années, et c'est sous sa direction que la liste des quelque 500 cas de cancers répertoriés jusqu'ici a été dressée.

Et dès le début de ce travail, des anomalies ont éveillé ses soupçons, a-t-il expliqué au juge Bernard Godbout. «Il y avait une densité anormale de cancers dans la "zone rouge", qui correspond au panache de contamination identifié par les hydrogéologues. Et la concentration la plus élevée se trouvait dans un secteur encore plus restreint, le "triangle rouge", où vivent moins de 220 personnes et où les concentrations de TCE étaient les plus élevées.»

Selon lui, en calculant ces cas sur toute la population de la municipalité, on se trouve à diluer le portrait réel. Une analyse géographique de ces cas met en évidence la concentration anormale pour ce territoire.

Dr Claude Shields

Un des éléments qui a le plus frappé ce spécialiste, c'est le nombre élevé de personnes ayant souffert de plus d'un type de cancer au cours de leur vie. D'après les données disponibles en 2009, on comptait 42 cancers pour un groupe de 18 personnes, soit une moyenne de 2,3 cancers par individu.

Et cette donnée a été confirmée par les chiffres plus récents, en 2010. On trouvait alors 131 cancers pour 56 individus, encore là une moyenne de 2,3 cancers par personne.

«C'est une situation clinique inhabituelle. Il y a une lumière qui s'est allumée dans mon esprit. Il y a quelque chose d'anormal là.»

Le Dr Shields n'est ni épidémiologue ni chercheur, a-t-il pris soin de préciser au juge. Mais après 30 années passées à soigner les patients de l'Enfant-Jésus, dit-il, «on finit par avoir une idée de ce qui est normal ou pas».

Et ces dizaines de personnes ayant eu plus d'un cancer, ça n'a rien de normal, selon lui. On parle ici de cancers «primaires», c'est-à-dire des cancers qui n'ont pas été causés par les métastases d'un autre cancer.

«En pratique, on n'en voit pas beaucoup. On voit des cas de deux cancers, mais trois cancers, c'est plus rare. Je ne me rappelle pas de plus de cinq ou six cas dans ma carrière. Et je n'ai vu qu'un seul cas avec quatre types de cancer chez une même personne.»

À Shannon, on a répertorié jusqu'ici pas moins de quatre personnes ayant eu quatre cancers primaires différents. Il a cité, entre autres, le cas d'une dame ayant eu un cancer du sein, puis un cancer de la peau sur le pied droit, ensuite un autre cancer de la peau, sur une épaule, et enfin un cancer de l'intestin. «Ce sont des patterns inhabituels», conclut-il.

Cancers du cerveau «localisés» à Valcartier

Non seulement les cancers du cerveau sont-ils plus fréquents à Shannon qu'ailleurs, a soutenu mercredi le Dr Claude Shields, oncologue, mais on les trouve tous dans un seul secteur de la municipalité : les logements familiaux de la base de Valcartier.

Habitation des soldats de la garnison de Valcartier

Témoin expert pour le regroupement de citoyens qui poursuit le gouvernement fédéral pour la contamination de la nappe phréatique, le Dr Shields a poursuivi mercredi sa présentation des cas de cancer dans la petite municipalité.

Il trouve inhabituel le nombre de cancers, le nombre de cancers multiples, le nombre de cancers rares ainsi que le jeune âge de plusieurs des personnes atteintes à Shannon.

«Sur la rue King, on trouve des cas de cancer dans toutes les maisons.» Il est normal de trouver des cancers chez des voisins, a-t-il expliqué, mais pas dans toutes les maisons.

Les cas de cancers du cerveau ont particulièrement frappé ce spécialiste, qui pratique depuis 30 ans à l'hôpital de l'Enfant-Jésus. «Tous les cancers du cerveau sont localisés dans un secteur : les habitations familiales de la base. Il suffit de traverser la route, et on se retrouve avec 15 cancers du cerveau. Je ne suis pas capable d'expliquer ça...»

Dans sa pratique, il voit tous les cas de cancers de l'est de la ville (Limoilou, l'île d'Orléans), et il ne voit que très rarement ce type de cancers, deux ou trois à peine, a-t-il précisé.

Il se dit aussi étonné par le nombre relativement élevé de cancers rares. «Des cancers de l'appendice, on ne voit pratiquement jamais ça. On en a trouvé quatre dans notre compilation.»

Le juge a toutefois relevé une incongruité dans ces résultats. «Le consensus à l'heure actuelle, c'est que seul le cancer du rein est reconnu comme pouvant être causé par le trichloroéthylène [TCE]. Comment se fait-il qu'il n'y ait qu'un seul cas sur la rue King?»

Le médecin se dit incapable de répondre à cette question. Il dit en avoir dénombré 16 en tout. «Ça ne fait quand même pas beaucoup, compte tenu de la présence du TCE», lui fait observer le juge.

Épidémiologie déguisée

Dans le tableau qu'il a brossé, le témoin a soulevé plusieurs de ces anomalies, mais à un moment, Me Jean Saint-Onge, qui représente les entreprises visées par le recours collectif, s'est élevé contre le témoignage, qui dépassait, selon lui, les compétences du médecin.

«Le témoin est oncologue, et il est en train de faire une preuve d'épidémiologie. Ça va trop loin, on s'égare», a-t-il fait valoir au juge, qui a par la suite demandé au Dr Shields de s'en tenir aux données brutes.

Plus tôt dans la journée, jeudi, Me Bernard Larocque, agissant lui aussi pour les parties corporatives, s'est élevé contre les dépôts de documents volumineux faits à la dernière minute par l'équipe de Me Charles Veilleux. «On parle quand même de réclamations qui atteignent 1,2 milliard $ et on nous arrive avec des éléments sur des questions de santé qui sont au coeur de la demande. On voudrait faire exprès qu'on n'agirait pas autrement.»

Le juge a rappelé aux parties que les déclarations de dossier complet ont été faites avant le début du procès, et que tout élément de preuve additionnel doit être autorisé par le tribunal. «Si je refusais tout, ça ne servirait pas la cause», a-t-il conclu, en demandant toutefois à tous les avocats, devant le grand nombre de pièces déposées en cours d'audience, de dresser la liste de celles qui se répètent, afin d'alléger la preuve.

La défense nie les propos de l'oncologue Claude Shields

Très peu de données permettent de croire que le trichloroéthylène [TCE] puisse être responsable d'un nombre élevé de cancers, ni des types de cancers recensés à Shannon par le Dr Claude Shields, a fait valoir jeudi la défense dans le recours collectif portant sur la contamination de la nappe phréatique.

Me David Lucas, qui représente le procureur général du Canada, a fait remarquer jeudi que l'ensemble de ces cas de cancers couvrait une longue période, de près de 50 ans. Il a aussi cité l'Agence de protection de l'environnement (EPA) des États-Unis, qui écarte les principaux types de cancers recensés à Shannon par l'équipe qui représente les citoyens.

«On n'a démontré aucun lien entre le TCE et les cancers du colon, du poumon, du sein, de l'utérus de la prostate et du cerveau», affirme l'avocat.

«Les études n'ont pas trouvé de différence entre des groupes exposés au trichloroéthylène [TCE] et des populations non exposées», a-t-il souligné, textes à l'appui.

«Toutes les études ne disent pas la même chose, a répondu le Dr Shields. Et nous, ce n'est pas une étude épidémiologique qu'on a faite. On décrit la réalité qu'on a observée sur le terrain.»

Délai de 15 ans

Les tableaux compilés par le médecin montrent cependant que les cas de cancers du cerveau observés se sont manifestés en majorité après que les gens eurent quitté la zone. Si quelques cancers ont été diagnostiqués sur place, il s'est écoulé en moyenne près de 15 ans entre le temps de résidence dans la zone et l'apparition de la maladie.

Aujourd'hui, la défense fera témoigner le Dr Daniel Bélanger, oncologue, qui a analysé des données recensées par le Dr Shields. Dans cette étude, déposée à la cour, il affirme que le Dr Shields «semble vouloir suggérer qu'à peu près toutes les maladies qui ont affecté la population de Shannon étaient reliées au TCE. [...] Il est nécessaire d'avoir une formation poussée en épidémiologie pour réaliser une étude d'une telle envergure. C'est un travail complexe qui n'est pas de la compétence d'un hémato-oncologue», conclut-il
 

Le Bloc Québécois fustige le gouvernement

La députée bloquiste de Québec, Christiane Gagnon, a déposé le 8 mars une nouvelle pétition comportant 1000 signatures, qui s’ajoutent aux 23 000 signatures déjà recueillies.

«Pendant plus de 22 ans, les résidentes et les résidents de Shannon et de Valcartier ont bu cette eau que le gouvernement fédéral savait pourtant contaminée», a soutenu la députée. Le gouvernement fédéral a dissimulé la vérité à la population concernée. Il a agi de manière irresponsable et insolente, non seulement à l’égard de ces gens, mais également à l’égard de l’environnement et de la santé. Il est essentiel, maintenant, que le gouvernement conservateur agisse rapidement et avec transparence et prenne les moyens pour dédommager les victimes et décontaminer les sites touchés», de demander Christiane Gagnon.
 

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