Les témoignages recueillis par les avocats du Regroupement des citoyens de Shannon brossent un portrait sinistre de la gestion des déchets dangereux à l'ancienne usine d'Industries Valcartier et sur la base.
Ils évoquent plusieurs sites dispersés à travers ce vaste territoire, comme le «Lagon bleu», accessible à tous les citoyens de Shannon, où les résidus de l'usine, incluant des produits toxiques, étaient déversés. Ou bien la «Montagne», plus grand qu'un terrain de football, où s'entassaient plusieurs produits, dont du TCE.
Le rapport d'Anthony Travis cite quelques cas, comme celui de Marcel Paquet, employé d'Industries Valcartier de 1949 jusqu'à la fermeture en 1991, qui a enterré des tas de linges imbibés de TCE dans des trous tout autour de l'usine. Ces déchets se retrouvaient par la suite sur la «Montagne». «C'était vraiment dégueulasse derrière le bâtiment 2, dit-il. On pataugeait dans l'huile...» Il a d'ailleurs vu des barils de TCE être déversés directement sur le sol.
Donald Tuppert, employé du CARDE de 1966 à 1995, était chargé de l'élimination de barils remplis de résidus liquides. «Les barils marqués "DANGER" étaient abandonnés ici et là dans des dépotoirs improvisés. À un moment, il y avait de 300 à 400 barils éparpillés dans le Lagon bleu... Jusqu'en 1986, on ne nous a donné aucune formation sur les façons sécuritaires de manipuler ces produits.» M. Tuppert a souffert d'un cancer des glandes salivaires et d'un cancer de la lèvre. «Presque tous ceux qui faisaient les mêmes tâches que moi sont morts du cancer», dit-il.
Denys DesCôteaux, un soldat, raconte comment toutes les unités nettoyaient leurs fusils dans de grands contenants remplis de solvant et de TCE, qui étaient ensuite déversés directement dans les égouts. Lors d'une mission en Allemagne, il constate que les soldats canadiens doivent récupérer ces solvants dans leur contenant d'origine. «Pourtant, à Valcartier, 99 % des barils étaient envoyés directement aux dépotoirs.»
Pierre Vachon a été pompier et chef-pompier à la base militaire entre 1963 et 1997. «J'ai personnellement assisté et même participé à des déversements de polluants dans des coins reculés de Shannon et dans les dépotoirs de la base. On a transporté des centaines et des centaines de barils, pleins ou vides, au dépotoir de la base.»
William Simms, employé du CARDE entre 1954 et 1989, se rappelle d'un collègue, devenu malade dans les années 60. «Son médecin lui a dit que les produits chimiques étaient en train d'assécher son foie. On nous a alors demandé de nous débarrasser de tous nos barils de TCE. Comme l'entrepôt ne voulait pas les reprendre, on a creusé un trou au bout du champ de tir. Les barils et tout ce qui avait été en contact avec le TCE ont été jetés dans ce trou.»
Extrait du rapport Travis
La Défense canadienne est «une organisation des plus sophistiquée au plan scientifique et technique, avec des experts parmi les meilleurs au pays. Ils avaient tout ce qu'il faut pour déceler la présence de contaminants dès les années 50 et même avant. Malgré tous les avertissements, aucune action n'a été prise pendant des décennies pour éviter la contamination de l'eau».
