(Québec) Pour la première fois, l'Environmental Protection Agency (EPA), aux États-Unis, classe le TCE comme étant «cancérigène pour les humains», dans un document de travail qui porte sur l'évaluation des risques posés par le trichloroéthylène, publié cette année.
Les organismes américains n'étaient pas encore allés aussi loin. En 1995, on jugeait le TCE «probablement cancérigène» pour les humains. En 2000, on disait pouvoir «raisonnablement anticiper qu'il soit cancérigène...». En 2006, le National Research Council affirmait qu'il «peut être considéré comme un cancérigène potentiel». La toute dernière étude, datant d'octobre 2009, ne constitue pas encore la position définitive de l'EPA. Il s'agit d'un document de travail soumis au public pour évaluation, et techniquement, le TCE est toujours considéré comme «probablement cancérigène» aux États-Unis.
Néanmoins, cette nouvelle étude conclut d'abord que le TCE présente un risque pour le système nerveux central, les reins, le foie, le système immunitaire, le système reproducteur masculin et le développement du foetus.
Pour ce qui est du cancer, on évoque des «indices convaincants» pour le cancer du rein et pour le lymphome non hodgkinien, et plus limités pour les cancers du foie et des voies biliaires.
Le TCE, un médicament...
Le TCE est connu comme un produit servant à dégraisser les métaux dans les procédés industriels, mais il faut savoir qu'au départ, il s'agissait d'un... médicament. Produit par Imperial Chemical Industries, au Royaume-Uni, le trichloroéthylène était un anesthésiant qui semblait devoir être moins toxique que le chloroforme ou l'éther. À l'usage, cependant, on a décelé des problèmes d'arythmie cardiaque et une toxicité pour le foie. Enfin, autre usage méconnu, le TCE servait à la production de café décaféiné. Il était en effet utilisé dans le procédé d'extraction de la caféine.
À la fin des années 50, le TCE servait encore d'analgésique en accouchement, jusqu'à ce qu'on le retire dans les années 80, parce qu'il présentait de la toxicité pour l'enfant et un risque cancérigène.
Opposition
En 2001, l'Environmental Protection Agency a commencé à préconiser des normes beaucoup plus sévères pour limiter l'usage du TCE, mais l'Agence s'est heurtée à une opposition farouche du département de la Défense (DOD) ainsi que de la NASA, deux grands consommateurs du produit. Le DOD s'est adressé directement à la Maison-Blanche, sous l'administration Bush, pour rejeter les allégations de l'EPA et discréditer ses données. Le sujet est chaud politiquement parce que la Défense possède pas moins de 1400 sites contaminés au TCE dans tout le pays.
Dans un de ces sites, celui du Camp Lejeune, on a retrouvé une proportion alarmante de cancers du sein chez l'homme. Ce type de cancer est normalement très rare. Les cas au Québec se comptent pratiquement sur les doigts de la main, mais on a identifié jusqu'ici 42 cas de ce cancer parmi les gens qui habitent ou ont habité cette immense base militaire. Du jamais-vu.
