ESPIONNAGE NUCLÉAIRE
EDF condamné à 1,5 M d'euros d'amende
( 2,09 millions $ canadiens)

Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné jeudi EDF ( 01 ) à une amende de 1,5 million d'euros et le cycliste américain Floyd Landis à un an de prison avec sursis, pour de l'espionnage informatique aux dépens respectivement de Greenpeace et du laboratoire antidopage français.

Deux hauts responsables d'EDF chargés de la sécurité du groupe, Pierre-Paul François et son ancien supérieur hiérarchique, Pascal Durieux, ont été condamnés à des peines de prison ferme, respectivement trois ans de prison dont trente mois avec sursis et trois ans de prison dont deux avec sursis. La peine du second a été assortie d'une amende de 10 000 euros.(13,921 en $ canadiens)

Les deux hommes ainsi qu'EDF devront également verser 500 000 euros (696,074 en $ canadiens) de dommages et intérêts à Greenpeace pour qui cette décision est "un signal fort" envoyé à l'industrie nucléaire.

Le groupe d'énergie avait espionné l'association anti-nucléaire Greenpeace. ( 02 )

Toute l'histoire ci-dessous

Sources: AFP,Le Développement durable, Le Renseignement, Le Monde,
Publication avril 2009, octobre / novembre 2011

 

Doit-on se méfier d'Hydro-Québec et de SNC/Lavalin qui comme EDF détestent être contestés par les groupes anti-nucléaire québécois?

Choix de photo et mise en page :
JosPublic  Texte mis à jour le 20 novembre 20

 

Le procureur de Nanterre Benjamin Branchet estime que la responsabilité pénale du groupe EDF, en qualité de personne morale, est pleinement engagée, l'entreprise ayant été dans cette affaire, le commanditaire et le bénéficiaire des informations obtenues illégalement notamment sur Yannick Jadot ( 03 ), ancien directeur des campagnes de Greenpeace France.

Outre l’amende de 1,5 million d’euros ( 2,09 millions $ canadiens ) à l’encontre d’EDF, il a par ailleurs requis contre les deux salariés en charge de la sécurité de la compagnie d'électricité française, en première ligne dans ce dossier d’espionnage, des peines de 3 ans d’emprisonnement, dont 6 mois fermes et 30 à 45 000 euros d’amende ( 42 à 63 000 $ canadiens).

Électricité De France EDF avait chargé Kargus Consultants ( 04 ), une société d’espionnage (ou intelligence) économique, de surveiller Greenpeace et plus particulièrement son responsable Yannick Jadot, un militant opposé au nucléaire.

"Des pratiques de barbouzes qui ne devraient pas exister"
"Il y a un vrai sentiment de colère par rapport à des pratiques d'agent secret membre d'une police officieuse, des barbouzes qui ne devraient pas exister dans notre démocratie", a expliqué Yannick Jadot

Au terme de quatre ans d'instruction, le juge Thomas Cassuto estime qu'EDF a mandaté l'officine privée Kargus Consultants pour s'introduire en 2006 dans l'ordinateur de l'ex-directeur des campagnes de Greenpeace Yannick Jadot (photo ci-dessus), aujourd'hui eurodéputé (EELV) et porte-parole d'Eva Joly

Thierry Lorho, le patron de la société Kargus Consultants est un ancien membre des forces spéciales, puis agent de la DGSE de 1989 à 1999 ( 07 ). Après s’être reconverti dans “ l’intelligence économique ” au sein d’un cabinet privé, il a créé sa propre société de “ conseil ”, c’est-à-dire une officine privée de renseignement.

D'abord soupçonné d’intrusion informatique auprès de Greenpeace France, après 48 heures de garde à vue, M. Lhoro aurait beaucoup parlé dans le bureau du juge Thomas Cassuto. Avoué sa culpabilité, d’abord. Puis accusé. Il a désigné le commanditaire de l’opération d’espionnage informatique contre Greenpeace.

Il a expliqué qu'il avait été contacté puis engagé par Électricité De France (EDF) qui
« souhaitait entrer dans les ordinateurs de Greenpeace pour anticiper ses actions liées au réacteur nucléaire EPR », à Flamanville, dans la Manche.

«Entre fin 2006 et 2007, l'ordinateur de Yannick Jadot, alors directeur des campagnes de Greenpeace, a été espionné.»

Selon lui, sa mission était fondée et il assume donc clairement sa responsabilité dans cette affaire. Il avait alors fait appel à Alain Quiros, un hacker par qui le scandale est arrivé. Âgé de 39 ans, il est présenté comme un petit génie de l'informatique, autodidacte, pirate à ses heures; il est installé au Maroc. Il est accusé d'avoir récupéré, grâce à un programme espion, des milliers de documents confidentiels extraits de l'ordinateur de Yannick Jadot, ancien directeur des campagnes de Greenpeace.

Quand Thierry Lorho a demandé à Quiros d’introduire un cheval de Troie dans le système informatique de Greenpeace, il n’a pas hésité. "Je savais que c’était illégal, mais comme Thierry Lorho était un ancien agent de la DGSE et qu’il travaillait pour EDF, je croyais que cette opération avait un intérêt louable", dit-il.

Alain Quiros - le Hacker
Thierry Lorho - l'ex-espion de la DGSE

Droit dans ses bottes, Thierry Lorho, cet ancien des services de renseignement français est formel: les deux anciens responsables de la sécurité d'EDF poursuivis dans cette affaire ont contracté avec sa société une entente rémunérée 50 000 euros ( 70 221 $ canadiens ), visant le piratage des ordinateurs de trois personnes ciblées par EDF.

Il a " regretté que le groupe d'énergie n'assume pas ses responsabilités " et refuse " d'afficher ses activités illégales " alors qu'une copie du contenu de l'ordinateur de M. Jadot a été trouvée dans le coffre-fort d'un responsable d'EDF.

Voilà donc pourquoi « EDF aurait dû communiquer sur l’affaire en reconnaissant que c’était illégal de pénétrer l’ordinateur de Yannick Jadot ». Cela dit, Thierry Lhoro ne démord pas :
« Déstabiliser le plus gros groupe européen d’énergie et commettre des actions sur les centrales nucléaires l’était encore plus ». Selon lui, « Greenpeace est le type même de l’organisation européenne tentaculaire qui pratique des actions paramilitaires de type commando ».

Les responsables de la sécurité de l'EDF

Il s’agirait de Pierre-Paul François (ci-dessus à gauche), ex-membre de la brigade de répression du banditisme et actuel numéro deux de la sécurité d’EDF, lui aussi mis en examen. Quant au numéro un, Pascal Durieux (photo: ci-dessus à droite), seulement placé sous statut de témoin assisté dans cette affaire, il « était au courant ».

Explication " curieuse "

Agés de 64 ans, Pierre-Paul François et Pascal Durieux affichent le profil humble de ceux dont la confiance aurait été trahie, en dépit d’une longue carrière passée pour l’un dans la lutte contre le grand banditisme et pour l’autre dans les sous-marins.

Pascal Durieux affirme que le contrat passé avec l’agence de Thierry Lorho ne portait que sur une veille Internet et ne pouvait en aucun cas couvrir une intrusion pirate.

Mais la difficulté pour eux vient du fait que, outre les déclarations de Thierry Lorho affirmant qu’ils étaient au courant de l’opération, l’enquête a permis de retrouver dans le coffre-fort du bureau de Pierre-Paul François un CD-Rom contenant les fichiers Greenpeace piratés.

La présidente de la 15ème chambre du tribunal de Nanterre, Isabelle Prévost-Desprez

Ce CD-Rom, Pierre-Paul François affirme ne pas avoir su ce qu’il contenait. "Ce manque de curiosité est à la limite de la faute professionnelle", a observé la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, en ajoutant: "Mais devant le tribunal, les revendications d’incompétence sont assez habituelles…"

Les deux hommes ont été sanctionnés par une mutation d’office, mais sont toujours salariés de l’entreprise.

"La défense d'EDF a été mise à mal dans la mesure où ce contrat, établi pour déguiser le piratage en mission de veille anodine, a été honoré et validé au plus haut sommet du groupe", a estimé l'avocat de Greenpeace, Me Alexandre Faro.

L'avocat d'EDF, Alexis Gublin, a campé sur sa position, persistant à se dire victime des "agissements" de Kargus Consultants, qui a dépassé les termes de son contrat.

 

Le Spectre du "Rainbow Warrior"
(nom du bateau de Greenpeace)

« La vraie question pour nous était de savoir qui finance Greenpeace. Comment savoir qui se cache réellement dans les rangs d’une organisation comme Greenpeace, qui sont les généreux donateurs ? », explique Thierry Lhoro. Car « là où le gouvernement devrait accompagner et protéger ce type d’entreprise, il ne fait rien ». Alors « les groupes industriels se défendent comme ils le peuvent et se tournent vers le privé ».

Des accusations qui ont fait aussitôt vivement réagir Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France : l’association se réserverait désormais « le droit d’attaquer » pour « diffamation ».

« Monsieur Lhoro confirme ce que l’on supposait, à savoir que l’espionnage de Greenpeace s’est fait sur ordre d’EDF. Lui et ses commanditaires d’EDF se dévoilent au public tel qu’ils sont : des barbouzes de seconde classe ». Et d’ajouter qu’il « s’inquiète de voir ressurgir le spectre de l’attentat organisé par les services secrets français contre le Rainbow Warrior en 1985 (des charges d'explosifs avaient alors été placées par la DGSE sous un bateau appartenant à l’organisation venue protester contre les essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa. Un collaborateur avait trouvé la mort.» ( 05 )

Une opération limitée à Greenpeace France ?

Par ailleurs, face aux soupçons d’infiltration de Greenpeace en Grande-Bretagne évoquées par des médias britanniques, M. Lhoro dément. Kargus aurait simplement opéré une surveillance :
« Nous n’avons pas infiltré Greenpeace Angleterre (…), mais nous voulions savoir comment fonctionne l’organisation, effectuer une cartographie de Greenpeace

« Cette affaire symbolise à quel point la question énergétique est prise en otage en France“, ajoute Pascal Husting. " Ce procès va apporter la preuve que le nucléaire et la démocratie ne sont pas compatibles.”

Des prévenus pas inconnus de l’État

Pascal Durieux, directeur de la sécurité d’EDF à l’époque des faits, est un ancien contre-amiral. Et Pierre-Paul François, numéro deux de la sécurité d’EDF est un ancien policier de la Brigade de répression du banditisme.

Que ce soit du côté d’EDF ou de Kargus, la plupart des personnes mises en cause sont issues du sérail étatique. Cette affaire pose la question du lien incestueux entre l’État français et l’industrie nucléaire. Est-il normal que d’anciens hauts fonctionnaires perçoivent des grosses sommes d’argent pour espionner des parties prenantes du débat énergétique ? Je ne le crois pas. En France, l’énergie a besoin d’être libérée de ce système mafieux !“, conclut Pascal Husting.

Exceptionnel réquisitoire

Il faut lire et relire cet exceptionnel réquisitoire, prononcé dans l'après-midi du lundi 24 octobre 2011, par le procureur Benjamin Branchet, au procès de piratage économique instruit depuis une semaine devant le tribunal de Nanterre. 

Qu'en ces temps tourmentés, et à l'aube d'une campagne présidentielle, un procureur se lève au nom de la société pour rappeler l'urgence qu'il y a à protéger les libertés individuelles et à lutter contre les "officines" de toutes sortes n'est pas anodin.

Voici l'essentiel de son plaidoyer au tribunal:

"Votre devoir est de dire à tous ceux qui gravitent autour de la nébuleuse de l'intelligence économique que l'état de droit ne saurait tolérer l'usage de procédés qui, outre le fait de le blesser, instillent de manière sournoise dans l'esprit collectif qu'en dehors de l'action régulière des pouvoirs publics, il existe des groupes d'individus  formant des officines privées et maîtrisant des procédés d'investigation que seule la police républicaine est normalement en droit d'utiliser et ce, dans le seul dessein de satisfaire des intérêts privés.

Tout ce qui contribue à faire prospérer ce monde souterrain interlope où règnent le secret, la clandestinité, l'application d'une loi qui n'est pas celle de la République et l'intimidation doit être condamné avec fermeté.

Autrement, le citoyen achèvera une mithridatisation ( 06 ) qui mettra en péril le pacte social.

Lorsqu'il prend conscience qu'une société telle qu'EDF aussi réputée dans le monde et dont la France peut s'enorgueillir, tolère sinon encourage le recours à de telles pratiques, comment ce citoyen pourrait-il conserver une totale confiance aux décideurs publics ou privés qui exigent de lui respect et sacrifice financier?

Comment pourrait-il assurer à ses enfants que l'observation de la loi est l'unique rempart contre l'arbitraire et l'abus de pouvoir, si la République se double d'un univers régi par des normes dictées par la seule puissance individuelle et qui se plaît à mettre en échec des règles dont le corps social s'est démocratiquement doté?

Ce type de dossier est emblématique et c'est l'honneur de la justice que vous représentez aujourd'hui de rappeler à tous que l'égalité devant la loi constitue certainement le socle sur lequel repose l'édifice républicain. Le bâtir ne fut pas une mince affaire, l'histoire de notre pays en est le témoin. Le laisser se fissurer nous exposerait tous à voir disparaître avec effroi ce qui fait la grandeur de la France: la protection des droits fondamentaux et la séparation des pouvoirs.

Nul ne doit se sentir autorisé à violer la loi, quels que soient sa fonction, son passé et l'état de ses réseaux d'influence. C'est ce message solennel que vous devez, par votre jugement, adresser aux prévenus.

Pour accéder à d'autre textes pertinents, cliquez ici : Les actualité de la fiche Nucléaire

 

Notes & Références:

01

Qu'est-ce qu'Électricité De France (EDF) ?

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02

Qu'est-ce que Greenpeace ?

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03

Qui est Yannick Jadot ?

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04

Qu'est-ce que Kargus Consultants ?

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05

Qu'est-ce que l'affaire Rainbow Warrior ?

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06

Qu'est-ce que la mithridatisation ?

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07

Qu'est-ce que La Direction générale de la sécurité extérieure, couramment connue sous le sigle DGSE, est le service de renseignement extérieur de la France.

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