Le milliardaire Schmidheiny ( 01 ), 65 ans et le baron belge, âgé de 90 ans, ont été jugés responsables de la mort d'environ 3 000 personnes en Italie, anciens ouvriers ou habitants vivant à proximité de plusieurs usines d'Eternit-Italie.
Le groupe Eternit de M. Schmidheiny a été un important actionnaire d'Eternit-Italie de 1976 à 1986.
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M. de Cartier de Marchienne ( 02 ) a été actionnaire minoritaire et administrateur d'Eternit-Italie ( 03 ) au début des années 1970.
Les deux hommes ont aussi été condamnés à verser plusieurs dizaines de millions d'euros aux diverses parties civiles.
Au total, 6 000 personnes, en majorité des victimes ou des proches de victimes décédées, réclamaient un dédommagement pour le drame de l'amiante. |
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de Cartier de Marchienne ( 02 ) |
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Le parquet avait requis 20 ans de prison contre les deux hommes accusés d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et enfreint la sécurité au travail, dans un procès qui a nécessité cinq ans d'enquête préalable et trois ans d'audiences, à partir de décembre 2009.
Matériau miracle qui a tourné au cauchemar, l'amiante a été utilisé massivement en particulier dans le secteur de la construction (amiante-ciment) en raison notamment de sa résistance à la chaleur et au feu, avant son interdiction dans un bon nombre de pays, notamment européens.
Le pic de production a été atteint dans la seconde moitié des années 70, avec plus de 5 millions de tonnes annuelles. Selon un rapport de l'OMS datant de 2007, environ 125 millions de travailleurs sont exposés à l'amiante sur leur lieu de travail et au moins 90 000 meurent chaque année de maladies liées à l'amiante.
Le procès, le plus grand jamais organisé sur les méfaits de l'amiante, était qualifié d'historique, tenu devant des centaines de proches de victimes. Les deux accusés, jugés par contumace, ont été considérés responsables de la mort de près de 3 000 personnes en Italie, ouvriers ou habitants de villes où Eternit Italie avait des usines.
Des proches de victimes ont éclaté en sanglots à l'énoncé du jugement, lu dans un silence pesant alors que toute l'assistance était debout. «C'est une sentence très équilibrée qui reconnaît la responsabilité (des deux accusés)», a commenté l'un des avocats des partis civiles, Sergio Bonetto, «le problème maintenant est de voir si les condamnés feront face à leurs obligations car nous n'en sommes pas sûrs». Les accusés pourront en effet faire appel, procédure qui peut durer plusieurs années, et aller jusqu'en cassation, ce qui pourrait repousser à très loin un jugement définitif.
Une sentence qui couronne une longue bataille
Le ministre de la Santé italien, Renato Balduzzi, a qualifié la sentence «d'historique aussi bien pour les aspects sociaux que pour ses aspects technico-juridiques», soulignant qu'elle «couronne une longue bataille qui a vu l'État aux côtés des victimes à tous les niveaux institutionnels». Après le jugement, le président du tribunal, Giuseppe Casalbore, a dressé la longue liste des parties civiles qui recevront des dédommagements, pour un total de plusieurs dizaines de millions d'euros.
Ce maxi-procès, qui s'était ouvert en décembre 2009, est le plus grand jamais organisé sur l'amiante avec plus de 6 000 parties civiles (victimes, proches de victimes, syndicats, sécurité sociale italienne...) et le premier au pénal. «C'est un procès historique, le plus grand au niveau mondial dans l'histoire de la sécurité au travail», s'est félicité le procureur, Raffaele Guariniello, qui a enquêté durant plus de cinq ans et dont la détermination a été saluée par les victimes.
Des ouvriers sans aucune protection
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Usine de Casale Monferrato ( 04 ) |
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Les épaules recouvertes d'un drapeau italien sur lequel est inscrit "Eternit Justice", des centaines de proches des victimes, venus pour la plupart de Casale Monferrato, ville où a été dénombré le plus grand nombre de morts, avaient fait le déplacement. En signe de solidarité, des membres d'associations de victimes de l'amiante étaient venus d'autres pays, notamment de France.
«Il n'y avait aucune prévention, les gens allaient travailler dans les usines (de produits en amiante-ciment, ndlr) sans aucune protection», a dénoncé Piero Ferraris, dont le père Evasio, est mort en 1988, à 63 ans, d'un mésothéliome après avoir été ouvrier de l'usine Eternit de Casale Monferrato de 1946 à 1979. Camionneur pour Eternit à Casale Monferrato durant 32 ans, Remo Viotto, 77 ans, qui transportait les produits finis ou l'amiante brut, a appris il y a 18 ans, lors d'un contrôle effectué six mois après le début de sa retraite, qu'il était atteint d'un mésothéliome. «Casale est une ville martyre, pleine de gens malades», dénonce-t-il.
Pour les victimes de l'amiante d'autres pays, et notamment de France, qui réclament l'organisation de procès similaires au pénal, le procès Eternit de Turin est une lueur d'espoir. L'avocat français Jean-Paul Teissonnière
( 05 ) a annoncé qu'il demandera aux «autorités judiciaires en France d'en tirer les conséquences: pourquoi ce qui est possible en Italie n'est pas possible en France ?». «En France, les plaintes ont été déposées en 1996», a-t-il rappelé, dénonçant l'«impuissance» et une «paralysie (de la justice, ndlr) devant les puissances économiques», les anciens producteurs d'amiante.
Infraction aux règles de la sécurité au travail
Considérés par le parquet comme les responsables effectifs de la gestion d'Eternit Italie, Schmidheiny et Cartier de Marchienne ont été jugés responsables d'avoir provoqué "une catastrophe sanitaire et environnementale permanente" et enfreint les règles de la sécurité au travail. Une accusation rejetée en bloc par la défense qui affirmait que les deux hommes n'avaient pas de responsabilité directe dans la gestion de la société italienne qui a fait faillite en 1986, soit six ans avant l'interdiction de l'amiante dans la péninsule.
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Bloc d'amiante |
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