Forages gaziers aux Îles-de-la-Madeleine
BAPE: encore une consultation bidon
Un citoyen des îles écrit à son député

Devant l'inquiétude et la controverse que suscitent les projets de forages gaziers de la société Gastem aux Îles de la Madeleine, Québec confie un mandat spécial au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) concernant la protection des ressources en eau douce de l'archipel. Est-ce toujours utile maintenant que nous savons que les puits contaminent l'eau souterraine du Québec?

Textes par: Charles Côté, Raymond GAUTHIER
Sources: La Presse, Radio CFIM

Photo: L'arrivé aux Îles-de-la-Madeleine

Choix de photos, commentaire, mise en page et références : JosPublic
Publication :
25 décembre 2011

Le refus des propriétaires de laisser passer Gastem sur leur terrains force le ministre de l'Environnement à demander au BAPE de tenir un consultation des madelinots

C'est ce qu'a annoncé le 16 décembre 2011 le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand

«La population a manifesté des inquiétudes à l'égard des effets potentiels de ces activités, notamment sur les nappes phréatiques, a déclaré le ministre Arcand dans un communiqué. Nous souhaitons mandater le BAPE pour qu'il tienne des audiences publiques sur le sujet, afin de recueillir les préoccupations des citoyens, des groupes et des organismes, et pour obtenir un éclairage sur cette question

Pierre Arcand ( 01 )

Une étude de chercheurs

Le mandat débutera «dans les prochains mois» et durera quatre mois.

Au préalable, une équipe de chercheurs universitaires réalisera une étude sur les nappes phréatiques aux Îles de la Madeleine, les impacts potentiels de l'exploration et de l'exploitation des ressources naturelles ainsi que sur les mesures de prévention et de protection à prendre.

Les projets de Gastem avaient suscité une fronde antigaz, 1 200 propriétaires terriens ayant refusé l'accès à leur terrain à l'entreprise en octobre 2011. ( 02 ) Les Madelinots réclamaient que le gouvernement fournisse l'expertise technique permettant d'évaluer les risques de l'exploitation gazière pour les fragiles ressources en eau douce de l'archipel.

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Gastem n'est ni surprise, ni déçue

Le président de Gastem, Raymond Savoie ( 03 ), ne s'étonne pas de la tenue d'un BAPE sur la phase exploratoire de ses travaux de prospection gazière aux Îles. Après la rencontre publique d'information qu'il a tenue à Fatima en octobre 2011, il s'est rendu compte qu'un mandat du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement était inévitable, même s'il s'agit d'une première pour un forage exploratoire de type conventionnel:

Extrait sonore CFIM radio des Îles-de-la-Madeleine

Bien qu'il admette que ce processus du BAPE retarde les visées de Gastem en sol madelinot, M. Savoie ne s'en déclare pas déçu pour autant. Au contraire, dit-il, l'exercice aura le mérite de dédramatiser le dossier:

Gastem prévoit investir de quatre à six millions de dollars pour son premier forage de prospection aux Îles. La décision gouvernementale qui suivra le processus du BAPE sur ce projet ne devrait pas survenir avant la fin de l'automne 2012, selon le député Germain Chevarie. 

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Découverte d'eau souterraine québécoise contaminée par le gaz de schiste

Un cas de contamination de l'eau souterraine qui pourrait être due à un puits de gaz de schiste - ce serait une première au Québec - a été recensé. C'est une des hypothèses qu'avance un expert albertain à qui une entreprise, qui a foré un puits au Québec, a remis trois échantillons pour analyse.

Un échantillon provenait d'un puits dans le gisement québécois d'Utica, un autre, du gaz recueilli dans l'évent de surface du même puits et un troisième, du gaz provenant de la nappe phréatique à proximité.

Cet expert, Karlis Muehlenbachs, de la faculté des sciences de la Terre et de l'atmosphère à l'Université d'Edmonton, est un spécialiste de la signature chimique du gaz.

Trois explications

«Le gaz dans l'eau est très similaire au gaz de production, affirme M. Muehlenbachs en entrevue avec La Presse. Vous avez du gaz de schiste de l'Utica dans l'eau. Je ne sais pas comment il s'est rendu là, mais il y est.»

M. Muehlenbachs voit trois explications possibles. Ou le gaz s'est trouvé un chemin par une faille naturelle après la fracturation du puits, ou il est remonté le long du tubage du puits à cause d'une mauvaise cimentation, ou il s'y trouvait peut-être déjà naturellement.

Il a présenté ses résultats à Washington le mois dernier, lors d'un colloque sur les enjeux environnementaux de l'exploitation du gaz de schiste.

Il refuse d'indiquer quelle entreprise lui a fourni les échantillons et où se trouve le puits. L'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) ( 04 ) n'a pas voulu commenter le rapport de M. Muehlenbachs ni donner des indications permettant de déterminer quel puits.

Information pertinente

De son côté, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) dit avoir reçu certaines analyses isotopiques d'entreprises gazières, mais aucune ne comportait d'échantillon provenant de l'eau souterraine.

L'analyse de M. Muehlenbachs a circulé au cours des dernières semaines au MDDEP, qui juge l'information pertinente, mais incomplète.

«On peut présumer que le gaz est là parce qu'on a foré le puits, mais on ne peut pas le prouver, dit Charles Lamontagne, hydrogéologue au Ministère du Développement durable, de l'environnement et des parcs du Québec.

On n'a pas les données de départ sur la signature isotopique du gaz déjà présent dans l'eau souterraine au Québec qui permettraient de l'affirmer.
»

M. Lamontagne croit qu'il serait bon que le comité de l'Évaluation environnementale stratégique sur les gaz de schiste ordonne une telle étude. «C'est une des suggestions qu'on pourrait faire», dit-il.

Il ne juge pas inquiétantes les analyses de M. Muehlenbachs, en l'absence d'indications sur la quantité de gaz dans l'eau. Il affirme que le MDDEP n'a pas observé de cas de migration de gaz dans l'eau souterraine malgré 200 inspections.

Les fuites, un problème répandu

En entrevue avec La Presse, M. Muehlenbachs dit qu'il croit que les problèmes de fuites vont continuer d'affecter l'industrie du gaz de schiste.

Il cite des chiffres de la société Schlumberger, un géant dans le secteur des services aux producteurs de gaz et de pétrole, qui confirment que les puits vieillissent mal. Une étude de 15 000 puits dans le golfe du Mexique montre qu'après 15 années, environ la moitié d'entre eux fuient. «Il y a une corrélation évidente avec l'âge, dit-il. Les puits plus vieux fuient plus

Et il croit que ce sera pire pour les puits de gaz de schiste, à cause des pressions extrêmes qu'ils doivent subir au cours de la fracturation hydraulique.

C'est ce procédé d'injection d'eau, de sable et de produits chimiques qui fait fendre le schiste et qui libère le gaz. Ce procédé n'est pas nécessaire pour le gaz traditionnel, qui se trouve dans des poches de roche déjà poreuse.

«Si vous ajoutez de la fracturation à haute pression, c'est désastreux, dit-il. L'acier du tubage est flexible. Le ciment qu'on coule autour est dur. Alors il craque.»

Les observations de M. Muehlenbachs confirment les craintes et les prédictions de Marc Durand, l'ingénieur en géologie appliquée qui scrute l'industrie depuis le printemps 2011.

«Si on a du gaz dans l'eau souterraine qui est similaire à celui du gisement Utica, c'est une première indication que la fracturation hydraulique ouvre des voies ailleurs que dans le puits, par des fractures naturelles, dit-il.


Commentaire de JosPublic

Ce fait devrait faire réaliser à des hommes et des femmes normaux que toute cette consultation aux Îles-de-la-Madeleine va coûter un bras pour en arriver à une seule conclusion logique, c'est-à-dire qu'il n'est pas possible d'y forer des puits gaziers de façon sécuritaire.

Mais ici nous faisons affaire avec des hommes et des femmes qui portent le chapeau de politiciens et politiciennes. Tous
imbriqués dans les chambres de commerce, ils voudront poursuivre les recherches et faire travailler
les ti-n'amis.

Vous les entendrez dire qu'il y va quand même de la richesse de l'ensemble des québécois et ils et elles trouveront des émissaires à blâmer pour le ralentissement économique. D'ici, nous pourrons dire qu'ils ont perdu la tête...dès lors il faudra retenir leur noms et aux prochaines élections les changer comme on change les couches des innocents nés de l'année.

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Lettre à mon député

Monsieur Germain Chevarie

Député des Îles de la Madeleine

Je veux d’abord, Monsieur Chevarie, vous remercier d’avoir intercédé auprès des ministres concernés et obtenu un BAPE aux Îles, avant même un forage exploratoire sur notre territoire par le prospecteur GASTEM.

C’est ce que de nombreux citoyens madelinots souhaitent et demandent depuis longtemps. C’est un acquis vraiment apprécié.

Germain Chevarie ( 05 )

Permettez-moi cependant de nuancer la portée de cette annonce, même si elle constitue une réponse positive à nos demandes, appuyées par un geste flagrant de rejet par la communauté de ce projet gazier. Nous avions envoyé un signal clair par un premier envoi, en octobre 2011, de quelque 1 200 lettres refusant l’accès à GASTEM sur les terrains privés ; le dépôt d’une série d’autres lettres devrait d’ailleurs se faire prochainement. Nous restons, nous l'avouons, sur notre appétit en constatant l'étroitesse du mandat qui est confié au BAPE. Je m’explique.

Même si les citoyens auront la possibilité d'exprimer leurs points de vue lors des audiences publiques, il n'est question dans le mandat des commissaires que d’examiner « les effets potentiels de l'exploration et de l'exploitation des ressources naturelles sur les nappes phréatiques des Îles-de-la-Madeleine ».

Cette question est évidemment MAJEURE, mais, comme c'est le cas dans d'autres dossiers pilotés par le gouvernement (ÉES2 dans le Golfe, ÉES gaz de schiste), ces exercices démocratiques en principe sont chaque fois cadenassés par le fameux « préjugé favorable envers les hydrocarbures ». Il y a un biais qui n'a pas sa place dans un tel mandat. On prend pour acquis que l’exploitation va se faire et on évite de demander au BAPE de questionner la pertinence même d'un tel choix – qui devrait être avalisé par la population – et d’examiner le tout dans une optique intégrée des potentiels énergétiques.

Vous affirmez « que notre gouvernement est à l'écoute de la population ». Pour le démontrer sans équivoque, il faudrait, dans le cadre d’un BAPE à mandat élargi, créer une occasion pour la population d’avoir accès à un éclairage complet pour pouvoir discuter sereinement et envisager toutes les options. Un tel mandat ne devrait-il pas examiner la question du gaz naturel comme source potentielle d'énergie aux Îles, mais en considération de l’ensemble des alternatives énergétiques, même si le gouvernement a évidemment déjà fait son nid ?

Devant un assortiment de choix documentés, en phase avec les défis économiques et environnementaux actuels, plutôt que de nous diviser, nous serions à même de nous prononcer de façon lucide et solidaire sur un engagement durable et porteur pour notre communauté.

Un tel engagement à long terme et profitable pour l’ensemble de la collectivité ne pourra se prendre qu’en lien avec une mise à jour de la stratégie énergétique québécoise. D’autant plus que notre municipalité a récemment décidé de se doter d’une stratégie énergétique territoriale.

Selon le maire Arseneau, entendu sur les ondes de la radio locale, les Madelinots doivent en venir à un consensus et à une vision d'avenir en matière énergétique pour l'archipel, en explorant les sources d'énergie potentiellement utilisables pour le milieu.

Le BAPE qu’on nous promet ne doit pas être qu’un exercice cosmétique, en rassurant par « des recommandations au gouvernement sur les mesures à prendre pour assurer la protection de l'environnement », pour avaliser les ambitions des promoteurs de la filière gazière. Pour éviter que le rapport du BAPE ne devienne un cheval de Troie qu’on veut introduire pour permettre à une industrie lourde et à première vue inappropriée pour les îles d’occuper le territoire et servir ( 06 ) de pied à terre pour d’autres développements dans le Golfe. Est-ce bien ce que nous voulons ?

Il faudrait pouvoir s’exprimer là-dessus via le BAPE.

J'apprécierais que mon député porte cette préoccupation, partagée par d'autres que moi, aux instances concernées. Un débat public ouvert serait une occasion réelle pour les citoyens de se sentir en confiance envers les institutions et de participer – j'allais dire « pour le meilleur et pour le pire » – aux discussions et aux décisions finales, dans l'intérêt de tous et chacun.

Je compte donc sur votre collaboration, Monsieur Chevarie, pour que cet exercice, envers lequel j’ai confiance et auquel j'ai l'intention de participer activement, soit source d’échanges, de cohésion et de prospérité pour notre milieu de vie.

Je vous souhaite, un JOYEUX TEMPS DES FÊTES !

Respectueusement,

Raymond Gauthier
 

Puits injecteur

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Notes & Références encyclopédiques:

01

Qui est Pierre Arcand ?

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02

1 200 propriétaires terriens ayant refusé l'accès à leur terrain à l'entreprise en octobre 2011

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03

Qui est Raymond Savoie ?

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04

Qu'est-ce que l'Association Pétrolière et Gazière du Québec ?

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05

Qui est Germain Chevarie ?

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06

CFIM, le 24 octobre 2011 : Se donner l'énergie qu'on veut

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