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Dix ans après la sortie fracassante du
documentaire-choc de Richard Desjardins et Robert
Monderie « L’erreur boréale », après la
Commission
Coulombe, le Sommet sur la forêt, d’innombrables
colloques, la consultation sur le Livre vert du
gouvernement et plus récemment l’étude du projet de
loi 57 en Commission parlementaire, la forêt
sera-t-elle finalement protégée contre le pillage
par des conglomérats multinationaux
ou géré pour obtenir
un véritable développement régional diversifié et
durable?
Pour répondre à cette question, regardons les faits
en face des arbres qui cachent la coupe à blanc.
Notamment ces éditoriaux de chroniqueurs dans les médias
régionaux dont le discours vitriolé et fallacieux
dissimule leur adhésion aux exploitants sans
vergogne au lieu d’investir leur précieux temps à
considérer les nouvelles avenues propres au
développement d’une nouvelle foresterie.
Que l’on
cesse de diaboliser les écologistes et d’accabler
les résidants du Plateau Mont-Royal; la
responsabilité de la survie de nos forêts incombait
à ces personnes qui ont choisi de la dilapider.
Souvenons-nous des discours angéliques d’anciens
ministres, tous de souche régionale, sauf Christos
Siros originaire de Montréal, ces Jacques Brassard,
Guy Chevrette, Gilles Baril, François Gendron,
Pierre Corbeil, Sam Hamad, dont les élucubrations
sont démenties par l'entrepreneur forestier, probablement le
plus respecté dans le milieu industriel
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Frank Dottori, ancien p.-d.g. de
Tembec: «La forêt nous a rendus riches
parce que nous l'avons surexploitée pendant trop
d’années avec des coupes à blanc. Le gouvernement a
accordé des droits de coupe pour du bois qui
n'existait pas. Et tout le monde le savait…les
cinéastes Monderie et Desjardins ont eu raison de
dénoncer la surexploitation de la forêt. J’étais
d’accord avec eux et je le suis toujours autant 10
ans plus tard. Les faits sont là pour le prouver.
Les coupes à blanc ont causé des torts immenses à la
forêt, à l’industrie forestière et aux économies de
nombreux villages ». |
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« Et tout le monde le savait! » de s’exclamer
Richard Desjardins, vice-président de l’Action
boréale. « Cette seule phrase aurait mérité le
déclenchement d'une véritable enquête publique et la
condamnation probable de tous ces sous-ministres et
ministres dilapidateurs, dont plusieurs sont depuis
passés à la solde de l'industrie. Ça reste à
faire. » |
Mais enfin y aura-t-il une réforme de la gestion
forestière au Québec? Oui, l’ancien ministre des
Forêts, Claude Béchard (remplacé récemment par
Mme
Nathalie Normandeau) a déposé à l’Assemblée
nationale le projet de loi 57 qui « institue un
régime forestier visant principalement à assurer la
pérennité du patrimoine forestier et à implanter un
aménagement durable des forêts. À cette fin, il
favorise une gestion intégrée et régionalisée des
ressources et du territoire forestier. ».
Ces mots prometteurs écrits en préambule au projet
de loi sont-ils trop beaux pour être vrais? Vouloir
réformer une activité forestière spoliée depuis
toujours n’est pas une mince affaire, car si des
intérêts de principe se rejoignent, ils se
combattent dans la conciliation des enjeux liés à
l’emploi, l’exploitation, la protection de la
ressource et la décentralisation de la gestion.
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L’EMPLOI : La population du
Lac Saint-Jean s’est
donné rendez-vous à Dolbeau-Mistassini, 5 000
personnes descendent dans la rue pour manifester
leur mécontentement face à la fermeture définitive
de l’usine d’« AbitibiBowater inc. » |
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«Des maires
de la MRC, le président de la Fédération québécoise
des municipalités, des cadres de l'usine, le monde
était là, a soutenu le maire de Dolbeau-Mistassini,
Georges Simard.
Nous avons assisté à une vraie
solidarité régionale.» Solidarité avec quoi?
L’intention des manifestants était-elle de faire
cesser les coupes à blanc? D’assurer la pérennité
forestière, et par le fait même une garantie
d’emploi sur un long terme, ou tout simplement de
sauver les emplois immédiatement? Faut-il s’ignorer
jusqu’à permettre aux multinationales de continuer
le pillage? Difficile à dire, car tous se dissocient
sur le détail du sujet.
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L’EXPLOITATION : Pendant ce temps, l’AbitibiBowater,
la plus grosse des compagnies forestières, ose se
présenter en Commission parlementaire pour nous
commander de l’autoriser à couper du bois à moindres
coûts. «La multinationale, comme l’ensemble de
l’industrie, tient à conserver les garanties
d’approvisionnement qu’elle a actuellement» précise
Guy Chevrette, ancien ministre de la Forêt, qui voit
d’un mauvais œil la possibilité de perdre une partie
des droits de coupe au profit des municipalités,
lesquelles pourront les vendre aux enchères.
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La réplique de Mme
Normandeau fut foudroyante : « J'aurais souhaité
qu'AbitibiBowater manifeste plus d'ouverture par
rapport au nouveau modèle, à l'invitation qu'on vous
lance…Vous avez contribué comme organisation au fil
des années à créer de l'emploi au Québec, mais je
pense qu'il y a une espèce de lassitude de la part
de la population à perpétuer un modèle finalement
qui contribue aujourd'hui à insécuriser un bon
nombre de communautés…Mon réflexe, c'est de dire:
mais la responsabilité d'AbitibiBowater pour assurer
la compétitivité ou sa compétitivité, quelle
est-elle? On est un peu fatigué d'être confronté à
des modèles où les coupables sont toujours ailleurs,
où les coupables sont toujours les autres. »
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Pas de réponse de
l’ogre, car depuis le 29 avril 2009, la compagnie
s’est placée sous la protection de la loi des
faillites. Sans gêne, ses représentants ont pourtant
tenté de donner une leçon d’économie aux députés.es
présents, à ceux-là même qui pour la sauver, lui ont
octroyé un financement d’urgence de 100 millions $
US provenant de nos taxes. Que dire aussi de la
sollicitude du Conseil d’administration de
l’entreprise envers son président démissionnaire,
John Weaver, qui pleurera sa piètre performance en
dépensant les 17, 5$ millions $ US de prime de
départ? |
Si la coupe de bois est
nécessaire, d’autres utilisations gagnent à être
connues comme le soulève la Fédération des
pourvoiries du Québec : au kilomètre carré, une
pourvoirie rapporte davantage que l’industrie
forestière. Sur une parcelle de 8,4 km² de
territoire, M Gilles Quintin propriétaire dit
générer plus de 30 000 $ au kilomètre carré.
« L'industrie forestière qui revient chez nous au
bout de 70 ans, elle est mieux de couper des gros
arbres.» Pour 8 km², deux abatteuses-tronçonneuses
en font le tour en deux jours, alors pour l’emploi
on repassera. Ce n’est pas des coupes à blanc que
« mes clients veulent voir, c'est simple, quand ils
débarquent de France, de Suisse, de Belgique,
d'Espagne, puis du Québec, puis de l'Ontario, puis
des États-Unis, ils disent: Le paysage est superbe!
Il y a de la tranquillité puis il y a de la
quiétude, c'est ça qu'on a acheté. Bien, c'est ça
qu'il faut garder ».
L’échange entre la ministre Normandeau et M.
Sansregret, représentant de Forêt Montmorency lié à
l’Université Laval, est riche de renseignements.
Est-ce vraiment possible qu’une vision élargie
s’ouvre au ministère, après 45 ans de voisinage avec
les chercheurs on reconnaîtrait finalement leur
réalisation? La ministre: «… vous êtes dans le
domaine de la recherche, de l'enseignement depuis
maintenant 45 ans – concrètement, qu'est-ce que vous
avez fait comme découvertes qui pourraient nous
aider à bonifier le régime forestier qui est sur la
table? Il semblerait que vos rendements forestiers
sont deux fois plus élevés que la moyenne
québécoise, alors c'est quoi votre recette? Vous
utilisez du VitaGro ou... une recette particulière?»
«Un des succès à la forêt Montmorency de répondre
M.
Hugues Sansregret, c'est clairement la mise en
valeur de chaque mètre carré et chaque mètre cube de
territoire pour l'ensemble des ressources. Ça fait
partie des recettes du succès du fameux 2,3 m³
d'accroissement annuel moyen à la forêt
Montmorency.» Cette réponse se résume en deux mots :
aménagement écosystémique.
Dans le même ordre
d’idée, M. Gilbert Scantland de la Conférence
régionale des élu-e-s de la Gaspésie et des
Îles-de-la-Madeleine conseille au gouvernement de
tenir compte des différentes réalités des
territoires : « On se dit, nous, que la valeur
ajoutée d'un milieu et d'une industrie commence même
dans son aménagement. Un hectare de champignons
sauvages aujourd'hui vaut beaucoup plus qu'un
hectare de deux-par-quatre. »
Il soutient que la vente du bois public ou privé
fait régionalement ouvrirait des portes à un
meilleur aménagement du territoire. Par exemple
« Lors du processus d'appel d'offres qu'on imagine,
on pourrait recevoir deux propositions. Une d'un
industriel qui crée peu d'emplois puis qui serait
prêt à payer très cher pour le bois, et un autre qui
pourrait présenter un projet où il pourrait payer un
peu moins cher pour le bois, mais créer beaucoup
d'emplois. Lequel des deux vous pensez qu'on aurait
tendance à choisir? C'est facile de répondre. Quel
est le type de relations qu'il pourrait établir pour
garantir la pérennité de l'industrie sur ce
territoire-là? Quel est l'impact qu'il pourrait
avoir sur le développement durable de notre
territoire? C'est des éléments qui pourraient être
pris en compte »
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L'hégémonie historique de
l'industrie forestière sur le
territoire boréal a fait en sorte
que toutes les « autres activités
économiques » s'en sont trouvées
étroitement subordonnées quoique
puissent en proclamer le contraire
les intentions édentées de nos
gouvernements depuis vingt ans. |
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Richard Desjardins
vice-président de L’Action Boréale
Abitibi/Témiscamingue |
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LA PROTECTION DE LA RESSOURCE pour la majorité des
intervenants la protection passe par l’aménagement
écosystémique de la forêt. « Le Québec est dans
l'obligation de rebâtir son patrimoine forestier
dans le sud du Québec suite à la dilapidation des
industriels et au laisser-faire historique du
gouvernement.» Dans ce contexte, la replantation des
arbres en quantité suffisante et pas nécessairement
intensive et en qualité s’impose. Bernard
Hudon de la Conférence religieuse canadienne dénote
qu’entre la publication du Livre vert sur la forêt
et le projet de loi à l’étude, la notion de gestion
écosystémique s’est évaporée.
Pourtant, la
sauvegarde de nos forêts passe irrémédiablement par
cette fragile interdépendance entre l’eau, l’humus,
la faune, la flore, l’emploi, la reviviscence et la
transformation du bois en produit régional
structurant pour les communautés des villes et
villages. C’est ça le développement durable. Dans sa
dernière version, le projet de loi ne donne aucune
idée de l’application de l’approche écosystémique;
elle est passée d’un objectif important à un
préambule dans la loi. "Elle devrait normalement
apparaître dans les plans d'aménagement, dans les
politiques encadrant les décisions régionales et
dans les rapports de la ministre destinés à
l'Assemblée nationale.
Que s’est-il passé dans les
officines gouvernementales?"
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Plusieurs fédérations et associations, dont le
Réseau québécois des groupes écologistes, se disent
satisfaites du retour d’une gestion publique de la
forêt et d’une redevabilité publique même au niveau
de la planification.
Pour Mme Maude Prud'homme, la
décentralisation et la prise de décision par les
comités régionaux ne pourront réussir que si tous
les invités sont à armes égales:
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« … À savoir si les
acteurs autres que l’industrie seront en mesure
d'intervenir avec autant d'outils pour s'assurer que
l'influence de l'industrie ne demeure pas
prépondérante même si la redevabilité est devenue
publique. »
Si
la décentralisation des décisions vers le niveau
régional est fortement soutenue par les communautés,
quoiqu’en disent la Fédération québécoise des
municipalités et l’Union des municipalités du
Québec, le citoyen ordinaire ne trouve pas rassurant
de voir remettre une si grande responsabilité à des
maires sans moyens ou sans scrupules.
Rappelons le
silence des maires gaspésiens face aux coupes
illégales et à d’autres comme le maire de Laval
qui
a laissé disparaître six hectares de forêt pour
plaire aux développeurs. Sur le plan de la
résistance éthique, les régions pourront-elles faire
face à des AbitibiBowater régionaux?
Les sondages le prouvent, le public québécois, les
élus.es compris, connaissent peu leur forêt, ses
modes de gestion et sa législation. Ce fait a des
conséquences importantes au niveau de
l'acceptabilité sociale, de la valorisation des
travailleurs forestiers et de l'intérêt des gens
dans ce secteur de carrière.
Le Regroupement des
associations forestières régionales du Québec
s’étonne de l’attitude du gouvernement qui dit
vouloir revaloriser la foresterie, alors qu’en
pleine crise, il abolit le Programme de
participation régionale, "le seul avec un volet
éducatif. Pourtant, la Commission Coulombe
préconisait la réintégration de la forêt dans les
valeurs de la culture des Québécois et des
Québécoises".
Dans
ce dossier, la solution raisonnable serait d’enlever
la forêt des mains des conseils d’administration et
des PDG des multinationales et de faire en sorte que
l’État vende son bois à l’entrepreneur capable de le
transformer sur place, quitte à réserver certaines
quantités pour produire du papier. Pour y arriver,
il faudra du tonus, de la détermination et de
l’éthique… qualités qui, ma foi, avec les récents
événements des corruptibles, sont loin
d’être les qualités premières de notre classe
politique et d’affaires du Québec.
Désolant!
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